Entre menaces d’invasion, frappes ciblées et controverses autour d’un Prix Nobel de la paix à l’opposante María Corina Machado, la tension remonte d’un cran entre Washington et Caracas. Donald Trump assume désormais des opérations secrètes contre le régime Maduro et parle d’intervention terrestre, au risque d’embraser toute la région.
Donald Trump vient de lâcher une bombe diplomatique : il a confirmé avoir autorisé des opérations clandestines de la CIA « autour du Venezuela« , sans nier qu’elles puissent viser directement le régime de Nicolas Maduro. Interrogé sur la possibilité d’une action terrestre, il a répondu : « Nous avons les mers sous contrôle. Maintenant, on regarde la terre. »
Lorsqu’un journaliste lui a demandé s’il avait donné à la CIA l’autorisation de neutraliser le dirigeant vénézuélien, Donald Trump a répondu par un nuage de brouillard : « C’est une question ridicule qu’on me pose là. Enfin, ce n’est pas vraiment une question ridicule, mais ne serait-ce pas ridicule de ma part d’y répondre ? ».
Depuis septembre, plusieurs frappes américaines dans les Caraïbes ont déjà tué entre vingt et trente personnes, officiellement des trafiquants de drogue. Mais pour Caracas, il s’agit d’agressions illégales. Déjà en 2024, Trump laissait entendre « qu’il pourrait envisager une invasion », une formule qui sonnait alors comme une bravade électorale. Cette fois, les troupes sont prêtes, des bateaux de guerre sont déployés. L’invasion n’a pas l’air imminente mais le ton n’a plus rien d’hypothétique.
Face à cette escalade, le président vénézuélien Nicolas Maduro dénonce une tentative de « renversement violent » et a signé un décret accordant des pouvoirs sécuritaires étendus à l’armée, incluant la possibilité de mobiliser toutes les forces publiques en cas d’attaque.
Maduro a ensuite dénoncé ce qu’il appelle une volonté de coup d’État. « Des coups qui nous rappellent les 30.000 disparus causés par la CIA lors des coups d’Etat en Argentine. Le coup d’Etat de Pinochet et les 5000 jeunes assassinés et disparus. Jusqu’à quand les coups d’Etat de la CIA ? L’Amérique latine ne les veut pas, n’en a pas besoin et les rejette », a-t-il commenté devant le Conseil national pour la souveraineté et la paix, organe créé en septembre spécialement pour cette crise.

Maria Corina Machado, leader de l’opposition et Prix Nobel de la paix © 2025 Getty Images
La Nobel de la paix sur la ligne de front
La récente attribution du Prix Nobel de la paix à l’opposante vénézuélienne María Corina Machado a ajouté une dimension explosive à la crise. Ce choix du comité norvégien a été salué par Washington comme « un signal fort pour la démocratie », même si Donald Trump était déçu de ne pas l’avoir reçu lui-même. Mais ce prix embarrasse une partie de la communauté internationale.
Le Venezuela a fermé son ambassade à Oslo sans explication, a annoncé lundi le ministère norvégien des Affaires étrangères, trois jours après l’attribution du Prix Nobel de la paix.
Maria Corina Machado, n’a jamais caché sa sympathie pour une « intervention étrangère libératrice ». Dans un entretien en visioconférence avec l’agence AFP, le 14 octobre, elle affirmait :
Maduro sortira avec ou sans négociation.
Ce paradoxe alimente le malaise : peut-on être Prix Nobel de la paix et soutenir une action militaire ? Pour certains observateurs, notamment The Guardian, « cette récompense risque d’être instrumentalisée pour justifier une pression accrue sur Caracas ».
Maria Corina Machado réplique : « Le monde entier sait qu’ils ont été battus à plate couture lors des élections. Nous avons démontré notre triomphe avec des preuves. Celui qui a déclaré la guerre aux Vénézuéliens, c’est Nicolas Maduro. Je l’ai répété d’innombrables fois : sans liberté, il n’y a pas de paix et sans force, il n’y a pas de liberté. Nous avons tout essayé ».

Le président vénézuélien, Nicolas Maduro © Getty Images 2025
Maduro, entre autoritarisme et socialisme.
À la tête du Venezuela depuis la mort d’Hugo Chávez en 2013, Nicolas Maduro a progressivement verrouillé le pouvoir. Parlement neutralisé, justice soumise, médias réduits au silence : les rapports du Département d’État américain et de l’ONU dénoncent des violations systématiques des droits humains, incluant arrestations arbitraires, tortures et exécutions extrajudiciaires.
Les élections de 2024 ont creusé un fossé de doutes quant à la légitimité du régime. L’opposition, majoritaire selon plusieurs observateurs, a été écartée du scrutin. Machado elle-même a été interdite de candidature. Donald Trump, en écho, a qualifié Maduro de « dictateur corrompu qui a transformé un pays pétrolier en narco-État ».
Washington l’accuse aussi de protéger des groupes criminels comme le Tren de Aragua, et d’avoir laissé les cartels infiltrer l’appareil d’État. Des accusations que Caracas rejette :
Des accusations montées de toutes pièces pour justifier une intervention impérialiste.
Nicolas Maduro se revendique du président précédent, Hugo Chavez qui avait nationalisé des secteurs clefs de l’économie en déployant des plans sociaux et de redistribution. Une intervention forte de l’État accompagnée d’autoritarisme.
Et comme toile de fond, les réserves de pétrole du Venezuela. Entre 300 et 1300 milliards de barils. Ce qui fait de ce pays, la plus grande réserve de carburant au monde. Maduro accuse d’ailleurs les États-Unis d’utiliser l’argument du narcotrafic pour en réalité vouloir s’approprier le pétrole vénézuélien.
Des mois de montée en tension
L’année 2025 aura été celle de la militarisation du dossier vénézuélien. Dès le printemps, Trump a imposé des droits de douane de 25% sur le pétrole vénézuélien et réactivé les sanctions économiques suspendues sous l’administration Biden. En septembre, une frappe aérienne américaine a détruit un bateau supposé lié au trafic de drogue, faisant onze morts.
Le lendemain, Maduro rompait les canaux diplomatiques : « Les communications avec le gouvernement américain ont été jetées », tonnait-il à la télévision nationale. Depuis, Caracas se dit en « alerte défensive totale« .
Washington, de son côté, continue de maintenir la pression, alternant sanctions, frappes ponctuelles et campagnes médiatiques. Officiellement, il s’agit de « lutter contre le narcoterrorisme ». Officieusement, nombre d’analystes voient se dessiner une stratégie d’épuisement du régime, et peut-être son effondrement par strangulation économique et psychologique.
La remise du Nobel à Maria Corina Machado, censée célébrer la paix, risque de devenir le prétexte d’une escalade. En dotant l’opposition d’une légitimité internationale, Oslo a offert un drapeau, que chacun s’empresse de brandir selon ses intérêts.
Si les États-Unis décidaient réellement de passer du discours à l’acte, ce serait la première opération terrestre américaine en Amérique latine depuis le Panama en 1989. Et le Prix Nobel de la paix deviendrait alors le symbole de la liberté pour les uns. Ou d’un monde où la paix s’énonce paradoxalement à coups de missiles, pour les autres.





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