
Depuis des décennies, une part importante des investissements en Afrique est structurée à l’étranger, un choix qui, s’il a rassuré les investisseurs internationaux, a freiné le développement des systèmes financiers locaux, réduit la transparence et limité la mobilisation du capital domestique. C’est ce constat dressé par Stephen Antwi-Asimeng, membre du Collaborative for Fund Domiciliation in Africa, et Cheikh Souleymane Diallo, président de l’Association Ivoirienne des Investisseurs en Capital, qui donne le ton d’une nouvelle ère que la Côte d’Ivoire est désormais bien placée pour inaugurer.
Premier pilier économique de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), représentant près de 40 % de son activité, la Côte d’Ivoire dispose des atouts nécessaires pour devenir un hub régional de domiciliation de fonds. Son rôle influent au sein de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA) renforce sa capacité à modeler un cadre d’investissement adapté à la zone francophone. Mais pour transformer ce potentiel en réalité, l’enjeu principal reste désormais dans la mise en œuvre effective des ambitions affichées.
La Côte d’Ivoire abrite déjà l’Autorité des Marchés Financiers de l’UEMOA (AMF-UMOA) et s’est impliquée dans l’élaboration d’un cadre réglementaire complet pour la domiciliation des fonds. Néanmoins, ce dispositif reste à ratifier et à déployer pleinement à l’échelle régionale. Un défi qui illustre les difficultés de l’intégration régionale où l’alignement entre pays est long et la recherche de consensus peut freiner les progrès à un moment où l’agilité est cruciale.
Au-delà de la réglementation, la mobilisation du capital domestique sera un facteur déterminant. En Côte d’Ivoire, de grandes institutions de retraite et de sécurité sociale telles que l’Institution de Prévoyance Sociale – Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (IPS-CNPS) et la Caisse Générale de Retraite des Agents de l’État (IPS-CGRAE) pourraient devenir des investisseurs d’ancrage, apportant stabilité et confiance. Pour cela, les véhicules d’investissement devront garantir des rendements crédibles, respecter des normes fiduciaires strictes et s’appuyer sur une gouvernance robuste.
Trois priorités majeures se dessinent : finaliser et appliquer le cadre réglementaire existant, diversifier les structures de fonds, notamment via l’introduction de sociétés en commandite selon les standards internationaux, et renforcer la coordination entre régulateurs afin d’harmoniser l’ensemble des marchés.
Les retombées iraient bien au-delà des marchés financiers. Elles favoriseraient l’accès au financement des petites et moyennes entreprises (PME), notamment celles dirigées par des femmes ou de jeunes entrepreneurs, souvent exclues des circuits traditionnels. La domiciliation locale des fonds, combinée à des approches innovantes comme la finance mixte ou l’investissement à impact, offrirait des solutions adaptées à ces besoins, stimulant ainsi la création d’emplois et l’innovation.
Les discussions récentes à Abidjan témoignent d’une convergence croissante entre pouvoirs publics, régulateurs et investisseurs autour des priorités à suivre. Mais aucune institution ne pourra agir seule : le succès de cette transformation dépendra d’une collaboration étroite entre acteurs publics et privés, de la persévérance dans le dialogue et d’une exécution rigoureuse.
Des initiatives telles que le Collaborative for Fund Domiciliation in Africa jouent un rôle clé en réunissant les différentes parties prenantes autour de réformes concrètes. La table ronde d’Abidjan a permis d’aligner les acteurs sur les actions nécessaires pour faire de la Côte d’Ivoire un pôle régional incontournable. Si cette dynamique se maintient, elle pourrait bien faire du pays la nouvelle porte d’entrée des investissements en Afrique francophone.
Moctar Sissoko












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