
À Kaolack, le directeur général de l’Agence nationale de l’état civil (ANEC), Matar Ndao, a appelé à changer de paradigme dans la gestion de l’état civil au Sénégal. Pour lui, l’état civil ne doit plus être perçu comme une simple formalité administrative, mais comme un levier stratégique de souveraineté, de planification publique et de protection des droits des citoyens.
La modernisation de l’état civil doit désormais s’imposer comme une priorité stratégique de l’État. C’est le message fort porté lundi à Kaolack par le directeur général de l’Agence nationale de l’état civil (ANEC), Matar Ndao, à l’occasion de la célébration de la Journée africaine de l’état civil.
S’exprimant lors de cette rencontre organisée sous la présidence du préfet du département de Nioro du Rip, représentant le gouverneur de la région, le patron de l’ANEC a défendu une nouvelle vision de l’état civil, placé au cœur des politiques publiques.
« L’état civil est un instrument de souveraineté. Il permet à l’État de connaître sa population, non pas pour la contrôler, mais pour mieux la servir », a-t-il déclaré.
Pour Matar Ndao, la modernisation du système doit ainsi dépasser le cadre administratif classique. Elle doit être portée au plus haut niveau de l’État et reposer sur une mobilisation de l’ensemble des acteurs concernés.
De l’acte administratif à un droit fondamental
Le directeur général de l’ANEC a particulièrement insisté sur la dimension citoyenne de l’état civil. Les actes de naissance, de mariage ou de décès constituent, selon lui, une source indispensable de données pour permettre aux pouvoirs publics de mieux connaître la population, de planifier leurs interventions et d’adapter les politiques publiques aux besoins réels des citoyens.
« Nous devons faire de l’enregistrement à l’état civil non pas une faveur administrative, mais un droit effectif pour chaque citoyen et chaque citoyenne », a-t-il martelé.
Il a également résumé l’enjeu en une formule forte : « L’état civil n’est donc pas une simple administration de documents. L’état civil est l’administration de l’existence juridique des citoyens. »
Une absence ou une mauvaise inscription à l’état civil peut en effet avoir de lourdes conséquences. Selon Matar Ndao, les personnes insuffisamment enregistrées peuvent être confrontées à des obstacles dans l’accès à l’école, aux examens, aux soins de santé, à la protection sociale, à la justice, aux services financiers ou encore à l’emploi. Certaines difficultés peuvent également concerner l’exercice de droits civiques.
Le Sénégal accélère la digitalisation de l’état civil
La célébration de la Journée africaine de l’état civil a également servi de cadre au lancement de la quatrième phase du Plan national de remédiation du Logiciel de gestion de l’état civil (LGEC) ainsi que de la plateforme « Sama État civil ».
Cette opération nationale vise à accélérer la transformation numérique des centres d’état civil et à faciliter l’accès des citoyens aux services liés à l’état civil.
Depuis le lancement du Plan national de remédiation en mai 2026, des avancées importantes ont été enregistrées. Quelque 920 agents et officiers de l’état civil ont été formés dans les régions de Dakar, Thiès, Diourbel, Fatick et Louga.
Le LGEC est désormais déployé dans 74 % des centres d’état civil, tandis que la plateforme « Sama État civil », qui permet notamment aux citoyens d’effectuer en ligne des demandes d’actes d’état civil, est opérationnelle dans 189 communes.
Démarrée à Kaolack, la quatrième phase du plan s’étendra également aux régions de Kaffrine et Tambacounda. Elle devra permettre de poursuivre le déploiement du LGEC, d’activer « Sama État civil » dans les centres concernés et de renforcer les compétences des différents acteurs.
Des agents confrontés à une précarité préoccupante
Si la transformation numérique constitue un axe majeur de la réforme, Matar Ndao n’a pas éludé les difficultés auxquelles sont confrontés les agents de l’état civil.
Le directeur général de l’ANEC a plaidé pour une amélioration de leurs conditions de travail, dénonçant une « situation de précarité préoccupante ».
Il a également appelé les pouvoirs publics à renforcer les moyens financiers de l’Agence nationale de l’état civil, notamment son fonds d’investissement. Un renforcement qu’il juge nécessaire pour permettre à l’ANEC de disposer des moyens à la hauteur de ses missions et des ambitions affichées pour la modernisation du système.
Kaolack mobilisé contre le vol d’identité
De son côté, le président du Conseil départemental de Kaolack, Ahmed Youssouf Benjelloun, a mis l’accent sur un autre défi majeur : la lutte contre le vol d’identité.
Il a appelé à une mobilisation accrue contre ce phénomène, qu’il considère comme particulièrement préoccupant en raison de ses conséquences sur la vie des victimes.
« Le vol d’identité a brisé des rêves et compromis l’avenir de plusieurs personnes », a-t-il souligné.
Le président du Conseil départemental a par ailleurs réaffirmé l’engagement de son institution à accompagner les collectivités territoriales du département de Kaolack dans les actions de sensibilisation consacrées à l’importance de l’état civil et de l’identité légale.
Cap sur une nouvelle décennie
La rencontre de Kaolack intervient dans le cadre du thème de la Journée africaine de l’état civil consacré à « La nouvelle décennie CRVS (2027-2036) : consolider les acquis de l’APAI-CRVS et garantir l’avenir de l’état civil et des statistiques de l’état civil en Afrique grâce à l’intégration, à la décentralisation et à la digitalisation ».
À travers cette dynamique, l’ANEC entend transformer en profondeur le système sénégalais de l’état civil.
L’ambition affichée par Matar Ndao est donc claire : faire de l’état civil un véritable pilier de la souveraineté nationale, un outil fiable de connaissance de la population et surtout une garantie effective de l’existence juridique et de l’accès aux droits de chaque citoyen.




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