Tout le monde semble désormais convaincu d’une évidence : notre jeunesse doit maîtriser l’intelligence artificielle (IA) et les disciplines qui l’accompagnent. C’est une condition pour que notre pays et l’Afrique ne restent pas à la périphérie des transformations scientifiques et technologiques qui bouleversent le monde.
Quelques individualités scientifiques de premier plan peuvent contribuer au rayonnement international du Sénégal.
Mais une étoile ne fait pas le beau temps.
Pour faire de l’IA un véritable moteur de transformation de notre société, c’est tout notre système d’éducation et de formation qu’il faut repenser, du préscolaire à l’enseignement supérieur, de l’enseignement général à la formation professionnelle.
Les universités ont, dans cette transformation, une responsabilité particulière.
Leur autonomie académique ne doit pas être comprise comme une protection contre le monde extérieur, mais comme la liberté et la responsabilité d’anticiper. Une université ne peut rester figée dans ses curricula, s’agripper à ses anciennes méthodes d’enseignement et rester sourde aux nouvelles compétences dont la société a besoin. Elle doit être capable d’anticiper, d’innover et de créer les formations qui préparent aux métiers et connaissances de demain.
Notre histoire universitaire nous montre d’ailleurs que cela est possible. L’introduction de l’informatique à l’Université Gaston Berger de Saint Louis dans les années 1990, puis le développement des télécommunications dans les années 2000, ont montré qu’une université peut faire émerger une discipline même lorsque les compétences disponibles sont rares ou même inexistantes. Son autonomie, ses réseaux internationaux et le leadership de ses enseignants-chercheurs doivent permettre de faire converger des compétences venues du monde entier.
Il n’existe d’ailleurs pas de modèle unique.
Pour répondre à l’urgence, un master en intelligence artificielle peut précéder une licence spécialisée ; une formation d’ingénieur peut être développée parallèlement à un master, etc.. L’IA doit aussi se construire avec les sciences des données, la cybersécurité, l’image et la vision, la robotique, la biomécanique, les sciences du vivant et bien d’autres domaines.
L’enjeu est donc de créer rapidement des masses critiques de compétences capables d’irriguer l’ensemble du système éducatif notamment les lycées et collèges, l’économie, la santé, l’administration, la culture et la société. Les formations certifiantes et l’enseignement à distance, que maîtrise parfaitement notre système d’enseignement supérieur, doivent également permettre d’élargir l’accès à ces connaissances au plus grand nombre.
L’IA n’est plus une science encore moins une technologie que l’on peut choisir de prendre ou de laisser.
Elle est devenue incontournable.
Les progrès récents de l’IA dans les mathématiques et les sciences montrent à quelle vitesse les frontières du possible se déplacent.
L’IA n’est plus seulement un outil : elle devient un nouveau partenaire dans la production des connaissances.
C’est là que se trouve sans aucun doute notre chance.
Le Sénégal, comme beaucoup de pays africains, dispose d’une jeunesse nombreuse, curieuse et intelligente.
Mais cette intelligence doit être accompagnée par une éducation exigeante, par l’apprentissage des sciences et des techniques, par le goût de l’effort et par la capacité à transformer les connaissances en innovations, en entreprises et en emplois.
La société homme-machine qui se construit nous oblige à repenser l’éducation elle-même.
Qui seront les enseignants de demain ?
Quels seront les nouveaux curricula à enseigner?
Le sketch de Kouthia, dans les années 2014-2015, tournant en dérision l’enseignement à distance, autour du thème des ordinateurs qui arrivent en masse pour remplacer les enseignants, relève, à l’ère de l’IA, plus de la prospective que de la comédie et de l’imitation qui lui sont si chères et dans lesquelles il excelle.
Ceux qui pourront véritablement choisir d’accepter ou de refuser cette transformation seront ceux qui en auront acquis la maîtrise.
La règle de la conquête des connaissances est implacable : progresser ou bien être dépassé.
Il n’y a pas malheureusement de juste milieu.
À nos universités de démontrer maintenant qu’elles peuvent être à la hauteur de ce rendez-vous avec l’histoire, en faisant de l’intelligence artificielle et des sciences émergentes un levier de notre souveraineté scientifique et technologique.
Dakar, dimanche 4 octobre 2026
Professeur Mary Teuw Niane
























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