En Afrique, les vulnérabilités liées à la dette restent élevées malgré la baisse du ratio moyen dette/PIB, passé de 63,7 % en 2024 à 62,8 % fin 2025. La BAD recensait encore 21 pays en situation de surendettement ou à haut risque de surendettement en 2025.
La Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont décidé de réformer leur cadre conjoint d’analyse de la viabilité de la dette (Debt Sustainability Framework, DSF) pour les pays à faible revenu. Le conseil d’administration de la Banque mondiale a approuvé les réformes le mardi 15 septembre, avec une entrée en vigueur prévue au second semestre 2027.
La réforme prévoit d’abord un nouveau module consacré à la dette intérieure, afin de mieux mesurer les risques qu’elle fait peser sur les finances publiques, notamment en raison des liens entre les États et les banques. Le cadre intégrera également un module consacré aux besoins de développement à long terme. Celui-ci doit permettre de mieux évaluer l’espace budgétaire disponible pour financer les infrastructures, le capital humain et l’adaptation climatique, ainsi que l’incidence de ces dépenses sur la croissance et les finances publiques.
Le FMI et la Banque mondiale veulent par ailleurs renforcer l’analyse de la capacité d’endettement et revoir certains seuils utilisés pour mesurer les risques. Le nouveau cadre doit notamment mieux distinguer le risque de tensions sur la dette d’une situation de dette effectivement insoutenable. Enfin, les outils de simulation et les tests de résistance seront renforcés, tandis que les institutions souhaitent améliorer la couverture des données sur la dette et encourager davantage de transparence.
Cette réforme intervient dans un contexte de vulnérabilité persistante des finances publiques en Afrique. En 2025, 21 pays africains étaient en situation de surendettement ou à haut risque de surendettement, un nombre inchangé depuis 2023, selon la Banque africaine de développement (BAD). Dans le même temps, le ratio moyen de dette publique rapportée au PIB en Afrique est passé de 63,7 % en 2024 à 62,8 % fin 2025, selon l’Institut de la finance internationale (IIF).
La situation reste toutefois très contrastée. À fin 2025, le Sénégal affichait le ratio dette publique/PIB le plus élevé parmi les pays suivis par l’IIF, à 122,9 %, devant la Zambie (107,2 %), le Mozambique (97,2 %), la République du Congo (93,1 %), la Tunisie (80,6 %) et l’Afrique du Sud (79,4 %).
Un outil pour évaluer la viabilité de la dette
Il faut souligner que le DSF n’est pas un mécanisme d’aide ou de financement. Il s’agit d’un outil d’analyse utilisé conjointement par le FMI et la Banque mondiale pour évaluer la capacité des pays à honorer leurs engagements de dette. Il permet notamment d’identifier les risques de surendettement et d’éclairer les décisions des autorités et de leurs partenaires financiers en matière d’emprunt et de financement.
Depuis sa dernière révision en 2017, le cadre a ainsi fourni une méthode commune pour analyser les risques liés à la dette et contribuer à détecter suffisamment tôt les situations susceptibles de provoquer des tensions sur les finances publiques.
Mais le paysage de la dette a évolué depuis. La dette intérieure occupe une place plus importante, tandis que les pays doivent également financer des besoins croissants en infrastructures, en capital humain et en adaptation au changement climatique. Pour le FMI et la Banque mondiale, ces évolutions nécessitent donc de revoir les outils utilisés pour apprécier la capacité d’endettement des pays.
Parallèlement, des initiatives régionales cherchent à réduire les contraintes liées au financement de la dette en Afrique. La BAD et l’Union africaine travaillent notamment sur le mécanisme africain de stabilité financière, qui pourrait permettre, une fois opérationnel, d’économiser jusqu’à 20 milliards de dollars sur le service de la dette d’ici 2035, selon la BAD.




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