Dakar — Les chiffres communiqués par l’Association des juristes sénégalaises (AJS) lors d’une rencontre avec la presse, en partenariat avec l’organisation internationale MSI Reproductive Choices, relancent le débat sur la prise en charge des femmes et des filles victimes de violences sexuelles au Sénégal.
En 2024, les faits d’avortement et d’infanticide constituaient la deuxième cause d’incarcération des femmes et des filles, représentant 11 % de la population carcérale féminine. Un constat préoccupant qui, selon l’AJS, révèle les limites d’un cadre juridique qui expose davantage les victimes déjà fragilisées.
À cette situation s’ajoute celle des enfants détenus. Selon Walf Quotidien, plus de 150 enfants sont actuellement incarcérés à la maison d’arrêt de Fort B, à Dakar, une majorité étant poursuivie pour des faits de violences sexuelles.
Pour la juriste Madjiguène Sarr, membre de l’AJS, cette réalité traduit une discrimination persistante. « Il y a une législation qui est discriminatoire à l’endroit des femmes, des enfants, mais particulièrement des victimes de viols et d’incestes », dénonce-t-elle.
Les victimes doivent souvent affronter un véritable parcours d’obstacles, marqué par un accès insuffisant aux soins médicaux et à l’accompagnement psychosocial. L’ancienne coordonnatrice nationale de la santé de la reproduction, Adama Sanokho, estime ainsi que « l’avortement reste un problème que la femme résout seule », alors que la législation sénégalaise ne l’autorise que dans des circonstances très restrictives.
Au-delà des poursuites judiciaires, ces données posent donc la question de la prévention, de l’éducation sexuelle, de l’accès aux soins et de la protection effective des victimes. Pour les spécialistes, violences sexuelles et santé reproductive sont étroitement liées et doivent être abordées de manière globale.
L’AJS plaide ainsi pour une réforme en profondeur du cadre juridique, mais aussi pour un renforcement des dispositifs médicaux, sociaux et psychologiques. L’objectif : éviter que les victimes de viols et d’incestes ne subissent une seconde peine après les violences, celle d’un système incapable de leur offrir protection, soins et justice adaptés.

























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