Six cents jours après le placement sous mandat de dépôt de Mahmadane Sarr, administrateur de Lansar Auto SUARL, ses proches et partisans montent au créneau. Ils contestent les accusations visant le responsable de l’entreprise et mettent en avant une importante dette que Lansar Auto affirme détenir sur l’État du Sénégal.
Lors d’une conférence de presse, Gorgui Dia, conseiller fiscal et juridique de Lansar Auto, est revenu sur l’origine de la procédure judiciaire. Le dossier trouve notamment son point de départ dans une déclaration d’opération suspecte (DOS) transmise par Coris Bank et citée dans le rapport 2024 de la CENTIF. Des mouvements d’environ 300 millions de FCFA sur le compte de l’entreprise avaient été signalés, alors que Lansar Auto affirme avoir fourni les justificatifs nécessaires.
Le dossier a ensuite été transmis au Pool judiciaire financier (PJF). Mahmadane Sarr a été placé sous mandat de dépôt le 13 janvier 2025 pour association de malfaiteurs, escroquerie sur les deniers publics, faux et usage de faux et blanchiment de capitaux. Le montant provisoire retenu dans la procédure est de 13,61 milliards de FCFA.
Une dette revendiquée de près de 27 milliards
La défense de Lansar Auto soutient toutefois que l’entreprise est elle-même créancière de l’État. Selon la note, ses créances globales atteignent 26,97 milliards de FCFA, dont 24,45 milliards dus par le ministère des Finances et du Budget et 2,51 milliards par différents démembrements de l’État.
Après déduction d’un acompte d’un milliard de FCFA encaissé en septembre 2023, la dette exigible serait ainsi ramenée à 25,97 milliards de FCFA.
Lansar Auto cite notamment un marché de 2,2 milliards de FCFA avec la Direction des Moyens généraux, du Transport et des Achats (DMTA), dont le règlement aurait été effectué en sept tranches. La société évoque également des impayés auprès de l’AGEROUTE et de l’ONAS, cette dernière utilisant, selon elle, vingt pick-up depuis août 2023 sans règlement.
Une convention de reconnaissance de dette et de titrisation portant initialement sur 14,98 milliards de FCFA, avec intérêts, aurait par ailleurs porté l’engagement total à 16,57 milliards de FCFA. Lansar Auto affirme que le calendrier de remboursement, prévu entre décembre 2024 et juin 2026, n’a pas été respecté.
« Aucun préjudice subi »
Pour les proches de Mahmadane Sarr, ces éléments soulèvent une question centrale : comment retenir une escroquerie sur les deniers publics alors que, selon eux, l’État n’aurait pas honoré ses propres engagements financiers envers Lansar Auto ?
La société affirme en outre avoir dû recourir à des financements bancaires pour continuer à honorer ses fournisseurs, auxquels elle resterait redevable d’environ 6,8 milliards de FCFA.
Les rédacteurs de la note demandent également des explications sur le sort des véhicules encore utilisés par certaines administrations et s’interrogent sur l’absence de poursuites contre les responsables publics ayant, selon eux, validé les différents marchés.
Enfin, ils réfutent tout lien entre Mahmadane Sarr et l’ancien président Macky Sall ou son fils Amadou Sall, tout en reconnaissant que Lansar Auto a fourni des prestations de location à des responsables de Pastef lors de campagnes électorales. Des factures resteraient, là encore, impayées.
À travers cette sortie médiatique, les proches de Mahmadane Sarr veulent donc replacer le dossier dans son contexte financier et judiciaire : une entreprise accusée par la justice, mais qui affirme de son côté que l’État lui doit près de 26 milliards de FCFA. La suite de la procédure devra permettre de départager les différentes versions.

























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