D’agent de patrouille zélé à commandant en chef de la police de l’immigration, Gregory Bovino est devenu en quelques semaines le visage de la répression migratoire aux Etats-Unis. Entre déclarations fracassantes, veste qui rappelle l’esthétique nazie et mises en scène sur les réseaux sociaux, le policier de 55 ans ne laisse personne indifférent.
Au milieu des hommes encagoulés de la police de l’immigration américaine, il y en a un qui patrouille à visage découvert. Gregory Bovino, 55 ans, est le commandant en chef de la police de l’immigration et il semble – au contraire – aimer le fait d’être vu.
Le crâne aux côtés rasés, l’air ferme, il s’affiche sur sa photo profil Instagram avec une arme automatique prête à être brandie. Son compte regorge de photos en gros plans de personnes arrêtées par ses agents. Selon la description qu’il en fait, il s’agit soit de sans papiers qui seront expulsés, soit d’Américains arrêtés après avoir interféré avec le travail de ses agents.
Rien de surprenant dès lors à ce qu’il ait déclaré « lever son chapeau » à l’agent qui a tué par balles l’Américaine Renee Good le 7 janvier à Minneapolis. Le ton est donné. Suivi par 100.000 personnes sur Instagram, cet homme encore inconnu de tous il y a un an est devenu une figure de la politique migratoire répressive et inflexible de Donald Trump. Mais qui est-il donc ?
Gregory « Greg » Bovino travaille au sein de la police des frontières depuis plus de vingt ans. L’an dernier, son zèle en tant qu’agent en chef d’une zone de 110 kilomètres à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique a attiré l’attention de l’administration Trump.
« Guerre des frontières »
Au printemps dernier, Bovino fait parler de lui dans les médias américains alors qu’il publie sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle il reprend le thème de Star Wars. Il transforme la « guerre des étoiles » en « guerre des frontières ». Darth Vador est alors présenté comme le « bon » qui combat, avec son sabre laser rouge, des ennemis surmontés de mots tels que « cocaïne », « fake news » ou encore « sanctuary cities » (ces villes opposées aux expulsions voulues par Trump).
Alors que le président américain a fait de l’expulsion massive d’immigrants une de ses priorités (avec un objectif d’un million d’expulsions par an), ce genre de positionnement plaît. En juin, Greg Bovino est nommé commandant d’une opération de raid de masse à Los Angeles. Et comme le rapporte le Parisien, le policier n’hésite pas à utiliser les grands moyens : arrestations musclées devant des magasins ou encore agents à cheval pour intimider. Bovino achève de convaincre l’administration Trump et reçoit le titre de commandant en chef de l’ICE. Il est ensuite envoyé à Chicago pour organiser des opérations d’expulsions similaires dans plusieurs états du Midwest américains.
Sur les 4500 immigrés arrêtés depuis le début de cette opération, les autorités soulignent la présence de nombreux criminels. Pourtant, selon CBS News, seuls 3% faisaient l’objet d’une condamnation pour crimes violents. La grande majorité (67%), avait seulement commis des délits d’immigration, note le média américain, tels que le fait de rester au-delà de la limite de son visa ou traverser la frontière illégalement.
Devant des images d’arrestations musclées, ce sont aussi les méthodes de la police de l’immigration qui suscitent la colère. Les critiques fusent. Tout particulièrement après la mort de Renée Good à Minneapolis. De nombreux Américains reprochent à l’ICE l’utilisation d’une force excessive.
Une esthétique « nazie » ?
Dans ce contexte, une veste portée par Greg Bovino interroge. Entouré d’agents cagoulés, Bovino arbore une longue veste verte au style militaire qui rappelle à certains une « esthétique nazie ». Les images font le tour du monde. ‘D’autres pays avaient ce type de veste, mais avec ses cheveux coupés à ras, Bovino coche les cases du look nazi’, note un journal allemand cité par The Guardian. D’autres médias sont plus nuancés, mais restent dubitatifs. Pour Politico par exemple, cette veste n’est pas forcément un symbole hitlérien, mais elle symbolise en tout cas « la militarisation accrue de l’application des lois de l’immigration ».
Une Amérique toujours fracturée
Pourtant, cette tendance est loin de faire l’unanimité. Dans tous les sondages, une majorité d’Américains condamne le geste du policier de l’immigration qui a tué par balles une Renee Good. Et selon de l’institut Quinnipiac cité par l’AFP le 17 janvier dernier, 57% des électeurs condamnent les méthodes de l’ICE.
Les critiques vont parfois au-delà des clivages politiques. Le podcasteur superstar Joe Rogan, conservateur et proche de Donald Trump, a critiqué publiquement l’action de l’ICE. « Allons-nous vraiment devenir la Gestapo ? », s’interroge-t-il.

© – AFP
Il n’empêche, l’Amérique reste fracturée, comme en témoignent les nombreux commentaires d’encouragement sur les publications Instagram de Gregory Bovino. Le sondage de l’institut Quinnipiac appuie ce constat : si 94% des électeurs démocrates et 64% des indépendants dénoncent les méthodes de la police de l’immigration. Les républicains, eux, continuent de les soutenir à 84%.
Toutefois, des sondages le montrent : le soutien global à l’ICE s’érode. Et alors qu’un second Américain vient d’être abattu dans les rues de Minneapolis par des agents fédéraux (les ‘Border Patrol’), une question se pose : jusqu’où ira cette escalade ?



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