Dans la région de Ziguinchor fragilisée par le conflit armé, à l’origine de la suppression de la carte sanitaire dans certains villages, accoucher devient une étape périlleuse à franchir pour les femmes enceintes.
À Kandiadiou, Djirack et Djicoudière, par exemple, certaines sont contraintes de se rendre en Gambie tandis que d’autres risquent leur vie sur les routes et les bolongs. Un quotidien éprouvant, qui met en lumière l’urgence d’une meilleure prise en charge de la santé maternelle dans ces zones « oubliées ». Donner la vie dans les localités enclavées, une épreuve que redoutent les femmes.
ZIGUINCHOR- À Kandiadiou, dans la commune d’Oulampane, département de Bignona, porter un enfant ne suffit pas. Il faut se battre pour accéder aux soins. Dans ce village de retour situé à la frontière gambienne, il n’y a ni un poste de santé ni une case de santé. Donner la vie commence par une longue course contre la distance, le manque de moyens et les difficultés de déplacement. Les femmes enceintes doivent parfois franchir la frontière pour bénéficier de consultations prénatales. Originaire de cette localité, Sokhna Jammeh raconte avec amertume les obstacles auxquels sont confrontées les femmes enceintes. « Nous sommes obligées de nous rendre en Gambie pour nos consultations prénatales. À Kandiadiou, nous n’avons pas de case de santé. La situation est difficile pour les femmes enceintes », explique-t-elle. Pour rejoindre Kanilaï, en Gambie, les femmes font appel à un conducteur de moto-taxi « Jakarta ». Le trajet aller-retour peut coûter jusqu’à 3.000 FCfa.
Une somme importante pour des familles aux revenus modestes, mais inférieure aux dépenses pour rejoindre le poste de santé d’Oulampane. « Pour aller à Oulampane, il faut prévoir 10.000 FCfa pour le transport, sans compter les frais de consultation. C’est trop cher. En plus, les pistes sont mauvaises. C’est pourquoi nous préférons nous rendre en Gambie », confie Sokhna Jammeh. Des accouchements au bout de l’effort Derrière ces déplacements, se cachent des situations parfois dramatiques. Dans ces villages éloignés des structures sanitaires, les femmes enceintes doivent souvent compter sur leurs propres moyens pour faire face aux urgences. Le transport reste un obstacle, surtout lorsque les travaux champêtres commencent ou que des complications surviennent. Sokhna Jammeh se souvient d’une femme qui, au moment d’accoucher, a dû être transportée en calèche de Kandiadiou jusqu’à Kanilaï. Si l’accouchement s’est déroulé dans des conditions optimales, l’inquiétude était grande. « Dans nos villages enclavés, dépourvus de maternités, les femmes enceintes souffrent en silence. Les moyens de transport sont presque inexistants et chacune se débrouille comme elle peut. Nous avons besoin d’assistance. Nous sommes Sénégalaises, mais nous faisons nos consultations prénatales en Gambie », confie-t-elle.
À Djirack, dans la commune de Santhiaba Manjack, les difficultés prennent une autre forme. Ce village qui a subi de plein fouet les conséquences du conflit armé, a accueilli une partie de ses habitants et de retour. Il dispose d’un poste de santé, ce qui constitue une avancée aux yeux des populations. Mais lorsqu’une patiente doit être évacuée en urgence, le soulagement laisse place à l’angoisse. Mariama Badji, femme leader engagée pour le développement de Djirack, décrit une situation complexe. L’angoisse au bout des pistes Pour rejoindre les structures sanitaires situées sur la terre ferme, il faut parcourir une piste difficile à moto ou en tricycle jusqu’à l’embarcadère. Encore faut-il disposer d’un moyen de transport. Ensuite, la traversée du bolong en pirogue s’impose avant de poursuivre vers Boudiédiète ou Cabrousse. « Djirack a beaucoup souffert du conflit armé. Nous sommes revenus nous installer dans le village, il n’y a pas longtemps. Nous avons un poste de santé. Mais le problème reste entier lorsqu’il faut évacuer une malade en urgence. La piste qui mène au débarcadère est en mauvais état et nous ne disposons pas d’un tricycle pour transporter les patientes. Nous souffrons », déplore-t-elle.
À Djirack, la présence d’un poste de santé ne suffit pas à garantir une prise en charge rapide des femmes enceintes. L’absence de moyens d’évacuation transforme une urgence médicale en véritable épreuve. La matrone du village fait ce qu’elle peut pour accompagner les femmes, mais ses efforts ne peuvent remplacer un dispositif de transport adapté. « Notre matrone se donne beaucoup de peine pour aider les femmes enceintes, mais elle est fatiguée. Nous n’avons pas de pirogue-ambulance, contrairement à d’autres localités insulaires de la Casamance. Évacuer une femme en plein travail de Djirack vers Cabrousse est très difficile. Une femme enceinte a besoin d’être accompagnée du début à la fin de sa grossesse pour que son accouchement se déroule dans de bonnes conditions », insiste Mariama Badji. Face à cette situation, elle appelle l’État à mettre en place une politique sanitaire adaptée aux localités éloignées et difficiles d’accès. À Djicoudière, dans la commune de Djibidionne, le tableau est plus sombre. Ce village de retour, situé dans une zone enclavée, ne dispose pas de case de santé, ni de poste de santé, ni de maternité. Safiétou Diémé, habitante de la localité, dénonce cet abandon.
« Djicoudière ne figure pas sur la carte sanitaire de la région de Ziguinchor. Nous sommes revenus nous installer dans le village il y a quelques années, mais il est enclavé », regrette-t-elle. Safiétou Diémé évoque le cas récent d’une amie qui a dû être évacuée en pleine nuit pour donner naissance à son premier enfant. Il était 20 heures lorsque la course contre la montre a commencé. Faute de route praticable, la patiente a été transportée en moto jusqu’à Djibidionne. Une ambulance a pris le relais pour l’acheminer à Ziguinchor. « Cette nuit, nous avons rencontré toutes sortes de difficultés. Il fallait transporter la malade de Djicoudière à Djibidionne en moto, car les voitures ne pouvaient pas emprunter la route. C’est au chef-lieu de la commune qu’une ambulance a pu prendre le relais. Mon amie est arrivée à Ziguinchor épuisée. Elle a subi une césarienne, mais a pu donner naissance à un garçon, malgré les difficultés », raconte-t-elle. La peur de tomber enceinte Pour les femmes de Djicoudière, ces épreuves sont si dures qu’elles finissent par peser sur les décisions. La grossesse qui devrait être un moment de joie et d’espoir, devient une source d’inquiétude. Certaines envisagent même de quitter leur village pour se rapprocher des structures sanitaires, le temps de leur accouchement. Safiétou Diémé ne cache pas sa peur. « Je ne souhaite pas tomber enceinte dans les prochains mois. Si cela devait arriver, je partirais m’installer en Gambie jusqu’à mon accouchement, avant de revenir au village. Nous sommes obligées de faire nos consultations prénatales à Djibidionne ou en territoire gambien », confie Mme Diémé.
À cette angoisse, s’ajoute la pauvreté des ménages. Pour ces familles, payer un transport, les consultations et faire face aux dépenses liées à l’accouchement relèvent souvent du sacrifice. « Imaginez une femme enceinte obligée de parcourir 60 kilomètres à moto pour accéder aux soins. C’est difficile, surtout dans un village où les familles disposent de faibles revenus », dit-elle. De Kandiadiou à Djirack, en passant par Djicoudière, les témoignages se rejoignent. L’accès aux soins maternels reste un combat quotidien dans plusieurs localités enclavées de la Casamance. Derrière chaque piste impraticable, chaque traversée en pirogue et chaque évacuation improvisée, il y a une femme qui espère donner la vie sans y laisser la sienne. Pour ces mères de famille, l’urgence n’est pas seulement de disposer d’une structure sanitaire, il faut aussi des moyens de transport adaptés, des voies de communication praticables et un accompagnement médical continu. Car aucune femme ne devrait être obligée de franchir une frontière, de risquer sa vie sur une moto ou de traverser un bolong pour mettre son enfant au monde.

![[ Images] Dakar : Une Maison des Arts Visuels pour briller à l’heure des JOJ et de Dak’Art 2026](https://directactu.net/wp-content/uploads/2026/11/FB_IMG_1793611136815-360x180.jpg)













![[ Images] Mission de la DER/FJ à Paris: Dr Abdoulaye Niane promeut les opportunités de l’entrepreneuriat sénégalais et explore de nouveaux partenariats](https://directactu.net/wp-content/uploads/2026/10/IMG-20261006-WA0030-360x180.jpg)




![[ Images ] SEDAK 2026 : À Khar Yalla, le maire Abass Fall lance le pari de l’élevage urbain moderne](https://directactu.net/wp-content/uploads/2026/10/FB_IMG_1793301008085-360x180.jpg)



![[ Vidéo] JOJ 2026: Prestation explosive des lutteurs, Sa Thiès, Modou Lo, Eume Sène et autres](https://directactu.net/wp-content/uploads/2026/11/Screenshot_20261101-090841-360x180.png)
![[ Vidéo] France : mobilisation du 31 octobre des heurts après le calme](https://directactu.net/wp-content/uploads/2026/11/Screenshot_20261101-090216-360x180.png)
![[ Vidéo] Ethiopie : au moins 25 civils tués dans des frappes de drone](https://directactu.net/wp-content/uploads/2026/11/OIP.Rf7I1whps6_Dwv_MLvP2hAHaEK-360x180.png)



![[Reportage] Dans le sud de Gaza, faute d’eau, « soit tu prends une douche soit tu bois »](https://directactu.net/wp-content/uploads/2023/10/bande-de-Gaza-360x180.png)
![[ Vidéo] Blocage de la LFR| Badara Gadiaga sort ses griffes et s’en prend à Ousmane Sonko et sa majorité](https://directactu.net/wp-content/uploads/2026/10/Screenshot_20261031-054041-360x180.png)
























![[ Images] Dakar : Une Maison des Arts Visuels pour briller à l’heure des JOJ et de Dak’Art 2026](https://directactu.net/wp-content/uploads/2026/11/FB_IMG_1793611136815-120x86.jpg)