La protection des savoirs traditionnels et la relance de la recherche agricole étaient au cœur d’une séance académique organisée mercredi à Dakar par l’Académie Nationale des Sciences et Techniques du Sénégal (ANSTS). Les chercheurs alertent sur une « pyramide inversée » qui menace la souveraineté alimentaire du continent.
DAKAR – La valorisation des savoirs traditionnels et le renforcement de la recherche constituent un enjeu de souveraineté agricole pour l’Afrique. C’est le message fort lancé mercredi à Dakar par les chercheurs lors d’une séance de réflexion organisée par la section des sciences agricoles de l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal (ANSTS).
« La recherche agronomique et agroalimentaire a un rôle extrêmement important dans la réalisation de la souveraineté alimentaire et nutritionnelle en Afrique », a déclaré Ousmane Kane. Il a insisté sur la nécessité de renforcer le dispositif de recherche agricole, alors que la catégorie des techniciens et techniciens supérieurs connaît, selon lui, « une érosion susceptible d’affecter le fonctionnement des équipes de recherche ».
« La menace sérieuse qui pèse sur notre recherche, c’est que pratiquement la classe des techniciens ou techniciens supérieurs est en train de disparaître », a-t-il alerté, appelant à mettre en place des plans de carrière pour ces personnels.
Une pyramide inversée
Lors de sa communication intitulée « Repenser la pyramide des équipes de recherche », la chercheuse Aminata Badiane a décrit une « pyramide inversée » caractérisée par l’érosion du personnel technique. Elle a évoqué les départs non remplacés, le gel des recrutements, le vieillissement du personnel et l’absence de plans de carrière, estimant que cette situation entraîne une surcharge du personnel scientifique et une perte d’efficacité.
« Nos techniciens sont nos yeux et nos mains », a-t-elle déclaré, soulignant leur rôle crucial dans les expérimentations de terrain, la collecte des données et la vulgarisation.
Pour remettre la pyramide à l’endroit, elle a préconisé la relance des formations techniques, la réouverture de certaines filières BTS, la mise en place de passerelles de carrière et une réforme du statut des techniciens. « Il faut revoir leur statut, il faut un plan de carrière bien défini, des motivations et une formation soutenue », a-t-elle insisté.
Protéger les savoirs traditionnels africains
La séance a également été marquée par l’intervention de l’ambassadeur du Zimbabwe au Sénégal, James Maridadi, sur les droits de propriété intellectuelle relatifs aux savoirs traditionnels.
Le diplomate a appelé les pays africains à renforcer les dispositifs juridiques pour protéger et valoriser les connaissances traditionnelles liées aux plantes médicinales, à l’agriculture et aux pratiques culturelles.
« Nous devons commencer à documenter » les savoirs traditionnels africains, a-t-il exhorté, soulignant que leur valorisation pourrait contribuer au développement économique du continent et permettre aux communautés qui les détiennent d’en bénéficier.




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