En à peine 100 jours, l’épidémie d’Ebola s’est déjà propagée à six provinces de l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Une propagation qui inquiète alors l’on est toujours en attente d’un traitement pour lutter contre cette nouvelle souche du virus, Bundibugyo, qui présente un taux de létalité frisant les 50% (2606 décès sur les 5458 cas recensés). Des chiffres qui classent cette 17ème épidémie d’Ebola en RDC comme la plus meurtrière de l’histoire du pays. A Kinshasa, les habitants vivent dans la hantise du scénario catastrophe qui se jouerait si le virus atteignait cette mégalopole surpeuplée qui compte près de 20 millions d’habitants. Une perspective infernale que les autorités tentent d’éviter en instaurant des contrôles aux divers points d’entrée de la capitale.
La rumeur a fait grand bruit à Kinshasa, début août. Un bateau naviguant sur le fleuve Congo se dirigeait vers la capitale avec à son bord des personnes porteuses du virus Ebola en provenance de Kisangani. La barge avait fini par être interceptée par les autorités en amont de la mégalopole et ses passagers placés en quarantaine pendant plusieurs jours. Finalement, aucun cas suspect n’a été détecté à bord. Mais l’épisode a ravivé une crainte tenace. Celle d’une contamination de Kinshasa par ce virus Ebola pour lequel il n’existe actuellement aucun traitement.
Tshangu, la « Chine populaire » de Kinshasa
« Ces derniers jours, l’OMS et les autorités du pays nous ont rassurés en expliquant qu’il n’y avait pas de cas d’Ebola dans la capitale, explique Carbone Beni, cofondateur du mouvement citoyen Filimbi, une figure centrale de la société civile à Kinshasa. Mais les esprits restent en alerte et l’inquiétude est bien perceptible chez certains Kinois. Car nous savons que le virus s’est déjà propagé à Kisangani. Cette ville se situe à 2000 kilomètres de Kinshasa mais elle ne se trouve qu’à une heure d’avion ou à quatre jours de bateau par le fleuve. Il y a donc cette crainte que le virus puisse se propager jusqu’ici, tôt ou tard. Ce serait catastrophique car la densité de la population est très importante dans la capitale, notamment dans le district de Tshangu. »
Dans cette vaste zone située entre l’aéroport et le centre de Kinshasa, surnommée « Chine populaire » en référence à l’hyperdensité qui y règne, les conditions sanitaires sont déjà déplorables en temps normal. Si le virus Ebola venait à s’y propager il aurait tôt fait de se répandre dans des conditions très difficilement contrôlables. Face à la menace, les autorités ont instauré des mesures de contrôle à divers points d’entrées dans la capitale.
Screening aux aéroports
« Nous avons installé une ceinture de protection sanitaire autour de Kinshasa pour éviter la pénétration d’un éventuel cas d’Ebola, explique Mireille Lembwadio Leza, la Coordinatrice du Programme National de l’Hygiène aux Frontières (PNHF) de la Ville-Province de Kinshasa. Cela repose notamment sur un système de contrôle des arrivées à l’aéroport international de Ndjili et à l’aéroport secondaire de Ndolo, où un screening de tout passager en provenance des six provinces où le virus est actuellement présent (Haut Uélé, Bas Uélé, Tshopo, Ituri, Nord Kivu, Sud Kivu) est organisé. Ce screening comprend un test de température grâce à des caméras thermiques, le lavage des mains avec des solutions hydroalcooliques et la décontamination de l’aéronef. Il est également demandé aux voyageurs de remplir une fiche sanitaire qui reprend les informations concernant leur provenance et leur destination afin d’organiser le suivi de chaque individu. En cas d’alerte, la personne est prise en charge et dirigée vers un centre de test épidémiologique. »
Menaces sur le personnel soignant dans les zones contaminées
Dans les zones déjà contaminées, les fausses informations concernant le virus Ebola poussent parfois les communautés à des actes violents contre le personnel soignant. Une situation alarmante dénoncée par le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) qui a recensé 11 incidents violents depuis le début de l’épidémie ayant fait 12 blessés parmi ses bénévoles.
Face à la propagation du virus, l’OMS a appelé la RDC à renforcer l’ensemble de son dispositif de lutte contre l’épidémie, de la surveillance et de la prise en charge des cas au contrôle des déplacements et des rassemblements, en passant par la mobilisation des communautés et la protection des personnels de santé.
L’organisation préconise encore l’instauration de contrôles sanitaires routiers 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 dans les zones de transmission et dans celles exposées à un risque élevé d’introduction du virus, ainsi qu’une surveillance renforcée des bateaux reliant les zones touchées aux grands centres urbains, notamment Kinshasa.




























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