Isak Andic, fondateur du géant prêt-à-porter Mango, est décédé en 2024 à 71 ans lors d’une chute en montage. Jonathan, son fils, était le seul témoin. L’affaire a été provisoirement classée sans suite, mais l’enquête a été rouverte en fin 2025, soupçonnant un homicide et se concentrant sur l’éventuel rôle du fils. Le 19 mai dernier, Jonathan est arrêté mais paie la caution d’un million d’euros peu après. Voici les détails de l’enquête.
Le 14 décembre 2024, Isak Andic était en randonnée au Montserrat lorsqu’il est tombé dans un ravin, faisant une chute de 150 m. Son fils, seul témoin de l’accident, a affirmé qu’il était un peu plus loin sur la route et que son père s’était arrêté pour prendre des photos avant de glisser.
Une première enquête a été classée sans suite, mais a été rouverte lorsque davantage de preuves on fait surface changeant le statut de Jonathan de témoin à suspect. Ceci a mené à son arrestation le 19 mai dernier.
Assez de preuves pour une arrestation
En 2024, les Mossos d’Esquadra, la police régionale catalane, n’avaient trouvé aucune preuve directe permettant d’expliquer ce qui s’était passé dans le ravin. Depuis, ils ont toutefois « découvert une série d’indices qui, pris dans leur ensemble, les ont amenés à écarter l’hypothèse d’un simple accident au profit de celle d’un homicide ».
La police a fondé ses suspicions sur les incohérences des deux déclarations faites par Jonathan Andic, notamment par rapport à sa position lorsque son père est tombé dans le ravin.
Comme s’il s’était lancé dans un toboggan, les pieds en avant
Rapport médico-légal de l’enquête
Dans son témoignage initial, Jonathan avait affirmé qu’il marchait quelques mètres devant son père et que celui-ci s’était arrêté pour prendre quelques photos. Cependant, le téléphone du fondateur de Mango a été retrouvé dans sa poche lorsque son corps a été récupéré.
Les enquêteurs pensent que la chute décrite par le fils était peu probable. Le sentier sur lequel ils se trouvaient est considéré par les adeptes de randonnée comme relativement facile, très fréquenté par les familles et les écoliers.
L’empreinte de pas où Isak serait tombé ne correspondrait pas à celle d’une personne ayant glissé et chuté pour les enquêteurs. Ils estiment également que les blessures subies et la position du corps d’Isak ne concorderaient pas avec une chute accidentelle. Le rapport médico-légal a conclu que c’était « comme s’il s’était lancé dans un toboggan, les pieds en avant.«

Face Ouest de Montserrat. Catalogne. 2011. © Wikimedia Commons
Le fils aurait aussi visité le site de la chute à trois reprises, le 7, 8 et 10 décembre, témoignant d' »une planification et une étude du site » pour le juge d’instruction.
De plus, le téléphone personnel de Jonathan aurait disparu au moment de la réouverture de l’enquête. Il dit se l’être fait voler lors d’un passage en Equateur.
Des circonstances plus larges
Le testament d’Isak stipulait que Punta Na, la société de holding qui détient 95% de Mango et ses biens immobiliers, serait répartie entre ses trois enfants, Jonathan, Judith et Sarah.
La partenaire d’Isak, Estefania Knuth, golfeuse professionnelle, avait témoigné dans le journal espagnol El Pais des « mauvaises relations entre le père et le fils« . Knuth est par ailleurs en négociation avec les enfants du fondateur au sujet de 70 millions d’euros d’héritage.
une manipulation émotionnelle sur son père
Juge d’instruction de l’enquête
Les enquêteurs cherchent à déterminer un éventuel mobile lié à la nature de la relation entre Isak et Jonathan, notamment dans le cadre de la gestion de Mango.
Isak avait pour projet de créer une fondation caritative ce qui aurait mené à des tensions avec Jonathan selon les enquêteurs. Pour le juge d’instruction, le fils aurait exercé « une manipulation émotionnelle sur son père afin d’atteindre ses objectifs économiques » et il aurait « exprimé des sentiments de haine et de rancœur, ainsi que des idées liées au blâme et à la mort » envers Isak.

Isak Andic, président d’honneur et fondateur du géant de la mode Mango. Né d’une famille juive séfarade à Istanbul, il émigre avec sa famille à Barcelone en 1969 à l’âge de 16 ans. © Paul Hanna / AFP
« La juge a ordonné, à titre de mesures conservatoires, le retrait de (son) passeport et une interdiction de quitter le territoire et des comparutions hebdomadaires au tribunal« , a précisé le tribunal dans un communiqué.
De son côté, le fils a indiqué aux enquêteurs avoir été en bonne relation avec son père. « Il n’existe pas et n’existera jamais de preuves valables à son encontre« , déclare le communiqué de la famille Andic suite à l’arrestation de Jonathan. Et Cristóbal Martell, son avocat, d’ajouter : « La théorie de l’homicide ne tient pas.«


















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