Les hommes perpétuent une tradition séculaire au Daaka de Médina Gounass, en préparant les repas aux milliers de pèlerins pendant la retraite spirituelle, à dix kilomètres de cette commune du département de Vélingara (sud), les femmes étant interdites d’accès à ce sanctuaire.
Ce sont des hommes, des jeunes en particulier, qui préparent à manger aux milliers de pèlerins pendant dix jours. Sous la chaleur ardente, ils perpétuent cette tradition séculaire de cette retraite spirituelle laissée par le vénéré guide Thierno Mouhamadou Saïdou Ba.
La chaleur dégagée des marmites d’où s’échappe une épaisse fumée s’ajoute à la canicule. Mais, ces hommes, hanches nouées pour certains, assurent, avec détermination, ce service à la communauté avec dévotion.
Concilier les prières et la préparation des repas, n’est pas une chose aisée dans ce site situé à dix kilomètres du chef-lieu de commune. Mais ces hommes, en l’absence des femmes, font tout pour permettre aux autres pèlerins de faire leur retraite, en toute quiétude, sans se soucier de la nourriture. Ils ont installé leur cuisine loin des huttes pour des mesures de prévention des incendies.
Au site du Comité d’organisation du Daaka (COD), en ce mercredi matin, ils viennent juste de terminer le service du petit déjeuner, du petit pois à la viande de poulet, du café, des beignets et du pain.
Pas de temps pour prendre une pause, ils sont déjà à pied-d ‘œuvre pour préparer le repas. Au ‘’Daaka COD’’, le Comité d’organisation du Daaka, Hamidou Ndiaye, venu de Dakar, entouré d’autres jeunes, louches à la main, est en train d’éplucher les oignons, pour préparer le repas.

Dans ce site d’accueil, la mission première des hommes, c’est de bien accueillir les hôtes du Khalife général Thierno Amadou Tidiane Ba.
Venus de l’intérieur du pays, de la sous-région et de la diaspora, ils leur prennent en charge pendant toute la durée de l’évènement religieux, en leur servant des repas de qualité et en quantité suffisante.
Chaque jour, ils discutent du menu, la quantité à préparer en tenant compte du nombre de personnes qui viennent manger dans ce site d’accueil. En plus des hôtes du marabout, des commerçants, des pèlerins des autres sites sont pris en charge par eux.
Hamidou Ndiaye indique que leur souhait est de préparer dans les cinq prochaines années au moins dix marmites par jour, afin de satisfaire ceux qui viennent manger dans leur site. Il estime que les hommes qui ont choisi de cuisiner sous la canicule pendant dix jours le font avec dévotion pour satisfaire les pèlerins.
Un planning pour les menus du jour
Les mesures de prévention contre les incendies sont bien respectées dans ce site. Ils préparent les repas dans leur cuisine très isolée du site d’hébergement. Ils interdisent la préparation du thé et du café loin des huttes en paille, une matière très inflammable.
Pour les menus du jour, ils dressent un planning dans lequel sont mentionnés les repas à préparer, les condiments (oignon, carotte, choux), etc. Le menu du jour, le mbaxal à la viande, une bouillie de riz à la viande. Certains sont en train d’éplucher les oignons et de les couper en petits morceaux, alors que la viande est mise de côté dans un bol en aluminium. D’autres s’affairent à nettoyer les marmites avant de les poser sur le feu.

Younouss Sy, invité pour la première fois par les organisateurs, semble être une exception parmi les autres hommes de la cuisine du COD. Venu de Dakar, il n’est pas un novice dans ce métier, puisqu’il est un chef cuisinier en pâtisserie et employé dans un grand réceptif hôtelier de Dakar. Vêtu de sa tenue rouge, le jeune Sy, à l’œuvre, montre qu’il est bien dans son domaine. Il commence par nous entretenir sur la qualité des aliments, comme l’hygiène corporelle, les saveurs et les produits alimentaires.
Dans sa cuisine, il n’utilise pas les bouillons industriels, préférant les épices locales, gage d’une bonne santé, selon lui. Le menu est discuté en amont par les organisateurs, en y apportant sa touche personnelle. Le cuisinier préfère varier les menus pour permettre une bonne digestion des aliments.
La santé et la satisfaction des pèlerins, un sacerdoce
Pour la qualité des aliments, il dit recevoir souvent les compliments des pèlerins, mettant en avant la concentration maximale pour mieux préparer les repas. Le cuisiner est conscient du cadre, du climat, raison pour laquelle il prépare des mets pas trop épicés. Il prend donc en compte la santé des pèlerins et surtout celles des personnes âgées.
Au Daaka de Bokidiawé, une commune de la région de Matam (nord), l’aspect sanitaire est pris en compte par les hommes chargés de la cuisine. Situé en plein cœur du Daaka, la cuisine se trouve dans une partie clôturée, grâce à leur marabout Thierno Aliou Mody Diallo, pour prévenir les incendies. En plus, ils arrosent le sol tous les jours pour éviter tout départ de feu.
Les hommes chargés de la cuisine s’affairent à la préparation du repas. Certains découpent la viande avant de la mijoter avec des épices locales. D’autres coupent les oignons et les légumes pour préparer le repas. A côté, dans un bol, des feuilles de haricot sont mises dans l’eau pour faciliter leur préparation. Tout laisse à penser qu’ils vont préparer le ‘’lacciri e haako’’, l’emblématique plat du Fouta à base de sauce aux feuilles du haricot, et parfois de moringa, accompagnée de couscous.
Aliou Camara, assisté d’un autre cuisinier et d’autres jeunes, prépare les repas aux autres pèlerins depuis plusieurs années. Et tout est préparé avant la tenue du Daaka à Bokidiawé par les femmes qui préparent du couscous.
Pendant une semaine, elles viennent au domicile de leur marabout pour préparer ce couscous qui sera consommé au Daaka. Il est ensuite mis dans des sacs pour mieux conserver le produit. ‘’Le riz paddy, les arachides et tous les autres condiments sont préparés par les femmes pour nous faciliter la tâche au Daaka’’, a-t-il dit.

Ils préparent toutes sortes de plats dont le menu est concocté la veille, en tenant compte du goût et de la santé des autres pèlerins, a dit Camara, soulignant qu’ils ont appris pendant de longues années auprès de leurs ainés.
Demba Ndiaye dit avoir hérité de cette expérience pour faire valoir sa présence dans la cuisine de Bokidiawé. Il rend ce service aux pèlerins avec plaisir et dévouement, tout en espérant une récompense divine.
‘’De retour dans nos lieux respectifs, nous ne préparons pas les repas. Au Daaka, nous le faisons, puisons de l’eau, nous balayons nos sites d’hébergement’’, a-t-il dit, fièrement, pour mettre en exergue cette tradition séculaire.
Thierno Aliou Ba fait partie des autres cuisiniers. Il insiste sur cette tradition héritée de leurs parents qu’ils perpétuent avec beaucoup de plaisir. L’hygiène des aliments est au cœur de leur préoccupation pour une bonne santé des pèlerins, conclut-il.










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