
Pour faire face aux ajustements structurels des années 1990 et répondre aux défis de l’éducation nationale, l’État du Sénégal avait initié une politique de recrutement d’enseignants au statut précaire : volontaires de l’éducation dans l’enseignement élémentaire et vacataires dans le moyen et le secondaire.
Cette politique avait permis un recrutement massif à moindre coût, chaque nouvelle recrue percevant un salaire équivalant au tiers de celui d’un collègue titulaire, et ce uniquement pendant les neuf mois de l’année scolaire ; les mois de vacances n’étaient pas rémunérés.
Au début des années 2000, ces enseignants, conscients de leur nombre et de la précarité de leur statut, décidèrent de s’organiser pour améliorer leurs conditions. C’est dans ce contexte que naquirent les premiers syndicats dits de « corps émergents » : le Syndicat des enseignants libres du Sénégal (SELS) pour l’élémentaire et l’Union des enseignants du Sénégal (UES) pour le moyen secondaire, dirigés respectivement par les camarades Souleymane Diallo et Gounia Niang.
Très vite, ces syndicats portèrent le combat pour la revalorisation de leur statut. Une première victoire consista à amener le gouvernement à limiter le volontariat et la vacation à deux ans, avant d’ouvrir la voie à la contractualisation, puis à une formation diplômante à l’École normale, devenue par la suite la FASTEF, après deux années de contractualisation.
Un pas important venait certes d’être franchi, mais la question du statut restait entière. Le gouvernement instaura un système de reclassement et de titularisation par quotas dans les corps de la fonction publique, laissant de nombreux enseignants titulaires de diplômes professionnels en marge.
Un second combat fut alors engagé pour résorber ce gap. Entre-temps, des syndicats du moyen secondaire ,le Syndicat national de l’enseignement du moyen et du secondaire (SENEMS) et le Syndicat autonome des enseignants du moyen secondaire (SAEMSS) rejoignirent la lutte au sein d’une intersyndicale dénommée Cadre unitaire des syndicats du moyen secondaire. Ensemble, avec les deux syndicats précités, ils réussirent à faire sauter le verrou des quotas dans le reclassement et la titularisation, obtenant le recrutement universel de tout enseignant titulaire d’un diplôme professionnel avec les accords de 2007.
Cependant, les enseignants comprirent rapidement que, malgré son importance, cet accord présentait des limites : les années de vacation et de contractualisation n’étaient pas prises en compte. Comme si l’enseignant n’avait jamais exercé avant sa titularisation.
Cette injustice fut à l’origine du combat mené par le Grand Cadre et le CUSEMS, qui aboutit à la validation des années de vacation et de contractualisation à travers le protocole d’accord du 17 février 2014.
Aujourd’hui, avec la signature des décrets n° 2026-65 modifiant le décret n° 2006-392 du 27 avril 2006 portant statut des décisionnaires, et n° 2026-66 modifiant le décret n° 74-347 du 12 avril 1974 relatif au régime spécial des décisionnaires, notamment sur les questions d’avancement de grade et de reclassement, une nouvelle étape majeure vient d’être franchie dans la lutte contre la précarité du statut des enseignants.
Mieux encore, le protocole d’accord du 16 avril 2026 consacre désormais la fin de ce que l’on a appelé, à tort ou à raison, les « corps émergents », avec l’immatriculation de tous les sortants des structures de formation dès la fin de leur formation. Cet accord ne règle pas seulement une question statutaire ; il est également appelé à mettre fin aux lenteurs administratives et à la surimposition des rappels.
Babou Diouf
Secrétaire national aux revendications du CUSEMS










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