
Auteur du livre “le Rôle de la CEDEAO dans la gestion des conflits en Afrique de l’Ouest », M.Omar Saliou LO est un expert en relations internationales doublé d’un professionnel en
Logistique-
Transport.
Dans son
ouvrage de 262 pages édité aux éditions
l’Harmattan, il fait un diagnostic sans complaisance des maux qui se dressent sur le chemin de l’intégration sous-régionale. Face à la montée des périls, il plaide pour l’émergence d’une diplomatie préventive. A l’en croire, une CEDEAO des peuples avec l’écrasement de la bureautie demeure la voie souveraine pour l’espace communautaire.
M. Lo, qu’est ce qui vous pousse à mener la réflexion sur ce sujet brûlant qu’est la sécurité au niveau de la sous-région ouest-africaine?
Pour cet ouvrage,on a fait qu’apporter notre petite contribution à l’intégration régionale. Et mon expérience à la CEDEAO m’a permis de comprendre quelles sont les failles mais également les atouts à exploiter pour une CEDEAO qui pourra assumer son véritable rôle d’intégrateur régional.
En Afrique de l’Ouest aujourd’hui, l’organisation est très décriée, très fragilisée, mais force est de reconnaître que la CEDEAO ne manque pas de vision, elle ne manque pas également d’ambitions mais la mise en œuvre des projets de celle-ci tarde à se réaliser.
Pourquoi la gestion des conflits constitue une équation pour la CEDEAO ?
Parlant de gestion des conflits, il y a lieu de savoir que quand la CEDEAO a été créée en 1975, elle n’avait pas une mission de gérer la sécurité régionale mais plutôt de promouvoir la coopération et l’intégration en vue d’une union économique ouest-africaine. Mais les crises qui se sont intensifiées au cours des dernières années ont obligé l’organisation à changer de paradigme en intégrant effectivement le règlement des conflits dans son domaine. Cela a été sanctionné par l’adoption d’un mécanisme de gestion et de prévention des conflits en 1999 par les Chefs d’Etat et plus tard en 2001 un Protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance.
Malgré tout cela, les missions de l’organisation en termes de paix et de sécurité semblent être anodines face aux différentes crises qui sévissent dans la région. Et cela est dû à plusieurs facteurs :
- L’un des facteurs est que l’organisation manque de moyens financiers pour mener à bien ses missions de paix et sécurité (la source de financement majeure pour le budget de la CEDEAO qui est le prélèvement communautaire représentant 0,5% sur les importations en provenance de l’extérieur de la région n’est pas respecté par les États). Ce qui l’explique est que le pourcentage de recouvrement annuel reste très faible.
- Deuxièmement, il y a une absence d’une armée permanente de l’organisation pour pouvoir faire face aux différentes crises sévissant dans l’espace CEDEAO. En effet,lorsque qu’une crise s’éclate dans la région, chaque État, selon sa volonté envoie le nombre de soldats à sa disposition. Et pour certaines interventions, certains États n’y sont pas favorables et décident de ne pas envoyer leurs soldats, ce qui rend difficile les missions de l’organisation en termes de paix et de sécurité parce que la logistique et l’effectif militaire nécessaires ne sont pas réunis tout simplement parce qu’il y a des divergences d’intérêt entre les États de la Communauté. Et bien naturellement, les divergences d’intérêts créent tout le temps des conflits d’intérêt.
- Aussi il y a une fragilité des institutions et organes de la CEDEAO. Aujourd’hui les décisions de la cour de justice de l’organisation ne sont pas contraignantes (le droit régional n’est pas respecté par les États et les exemples ne manquent pas- le cas de Khalifa SALL en est une parfaite illustration). Certains pays aussi préfèrent quitter l’organisation que d’être sanctionnés par celle-ci. Tout cela est très complexe parce que quand les États qui ont créé la CEDEAO décident de ne pas respecter les textes qu’ils ont eux-mêmes créés, ça devient très compliqué ! L’absence aussi d’un pouvoir législatif pour une institution comme le Parlement de la CEDEAO montre aussi l’inefficacité des décisions de cet organe car ce n’est qu’un Parlement consultatif depuis sa création en 2000. Cela veut dire qu’il est impératif pour l’organisation aujourd’hui d’aller vers des réformes tant sur le plan institutionnel que structurel ou tout simplement une refondation en profondeur.
- Il y a aussi une absence d’une vraie diplomatie préventive. Certes l’organisation dispose d’un système d’alerte précoce mais pour cet art de négociation, cet art d’apaiser les tensions avant qu’elles ne provoquent des conflits, il reste beaucoup à faire pour éviter que les crises s’éclatent dans la région.
Vous voulez évoquer
le phénomène de coups d’Etat ?
Bien sûr. Si aujourd’hui nous prenons l’exemple des coups d’état qui se sont intensifiés dans le Sahel ces dernières années, on peut clairement noter qu’il y a une défaillance du pouvoir politique et une fragilité de nos États, et quand je dis nos États cela veut dire tout simplement nos institutions parce que ce sont nos institutions qui font nos États.
Et donc si ces institutions sont fragiles et fragilisées, elles n’auront plus de crédibilité. Et les militaires ont saisi cette opportunité pour dérouler leur plan, c’est-à-dire, la prise du pouvoir de manière antidémocratique.Cette démocratie aussi n’est pas respectée par les autorités étatiques. Même si on est d’accord que la démocratie est un mauvais système, on peut aussi déduire que c’est le moins mauvais de tous les systèmes (disait Churchill Winston). Les droits humains également sont bafoués, la corruption est présente dans toutes les sphères de l’état. Avec une telle dynamique, certaines populations de la région, naturellement jugent certains coups d’état légitimes. En plus de cela, les lois dans nos pays ne sont pas respectées parce qu’autrefois les lois faisaient les hommes mais aujourd’hui quelques hommes font la loi. A ce stade rien ne peut se faire de concret !
Les inégalités socio-
économiques et politiques ont aussi la peau dure au niveau de la sous-région ?
En outre, il y a les inégalités socio-
économiques et politiques, c’est- à-dire, l’enrichissement des gouvernants et non des gouvernés créant un écart considérable entre les riches et les pauvres, un clientélisme politique aussi qui a atteint son paroxysme dans la plupart des pays de l’Afrique de l’Ouest et la pauvreté qui fait des ravages partout dans la région, ce sont ceux-là les vraies sources de conflits en Afrique de l’Ouest. Ce qui poussent certains jeunes à rejoindre des groupes jihadistes comme c’est le cas dans le nord du Mali.
Alors,que faire pour une véritable CEDEAO des peuples ?
Pour une CEDEAO des peuples,une vision tout simplement ne suffit pas. Il faut obligatoirement qu’on aille vers les peuples et qu’on réduise la bureaucratie. Les populations de la CEDEAO doivent voir des actions concrètes de l’organisation sur le terrain. Les États doivent aussi doivent respecter les prélèvements communautaires pour faciliter les missions de l’organisation. Une diplomatie préventive en vue d’éviter les crises de s’éclater est nécessaire également mais les Etats aussi doivent se conformer au droit régional.
Pour terminer, la CEDEAO n’est pas tout juste un club de chefs d’état comme le pensent certains. La CEDEAO ne se résument pas seulement aux questions politiques, mais il y a aussi l’interconnexion routière, l’interconnexion énergétique. Il y a également la libre circulation des personnes et des biens. Tout cela montre l’importance de l’organisation dans le développement économique et sécuritaire parce qu’aujourd’hui plus que jamais le monde vit à l’heure de la mondialisation et de l’interdépendance et aucun Etat ne peut faire cavalier seul. Nous avons conscience que face aux menaces transnationales, la sécurité collective appelle à une coopération efficace dans le respect du droit international doublé d’un professionnel en logistique.
Ibrahima NGOM Damel






















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