À une quarantaine de minutes des plages et des restaurants du Cap, certains quartiers de la métropole sud-africaine vivent au rythme des rafales. À Mitchell’s Plain, vaste township, quartier péri-urbain hérité de l’apartheid, les gangs se disputent le contrôle du trafic de drogue dans une spirale de représailles meurtrières. En six mois l’an dernier, plus de 500 personnes ont été tuées. Ici, les rues marquent une frontière invisible entre bandes rivales, parfois à quelques mètres d’une école primaire. Un reportage en Afrique du Sud de Patricia Huon pour l’émission Transversales sur RTBF La Première.
Mitchell’s Plain, l’un des plus grands cantons d’Afrique du Sud, est situé dans la vaste plaine des Cape Flats, à environ 30 kilomètres au sud-est du centre-ville de la capitale Le Cap. Ces quartiers ont été initialement aménagés sous le régime de l’apartheid pour reloger les habitants noirs et métis expulsés de la ville. Dans le patchwork de petites maisons et de cabanes, marquées par des décennies d’investissements publics insuffisants, de chômage et de pauvreté, l’embrigadement commence tôt. Des adolescents racontent avoir rejoint un gang à treize ans.
L’un d’eux deale depuis plus d’une décennie, déjà blessé par balles, habitué à voir tomber ses proches. « C’était un vendredi soir, je me souviens, pendant le mois de Ramadan. On était assis ici sur la route, on fumait, et un gars s’est pointé et il m’a tiré dessus, dans la jambe gauche » raconte-t-il. « Les gangs se disputent le territoire pour gagner plus. L’an dernier, ils ont tué sept de mes collègues en seulement un an. Je n’ai plus peur, j’ai déjà perdu trop d’amis« .

À Mitchell’s Plain, l’un des plus grands cantons d’Afrique du Sud, dans la vaste plaine des Cape Flats, les jeunes qui vivent dans les petites cabanes en tôle sont parfois recrutés très tôt par les gangs. © Franz Aberham / Getty Images
Sur le chemin de l’école en Afrique du Sud : drogue et règlements de compte
L’argent, le territoire et la drogue alimentent une guerre permanente. Après un meurtre, la riposte survient le lendemain, souvent en voiture, visant indistinctement les attroupements aux coins de rue. Des enfants sont régulièrement touchés par des balles perdues. Les écoles ont mis en place des cellules psychologiques et apprennent aux élèves à se jeter au sol en cas de fusillade. Les corps étendus à même la rue, les tirs nocturnes font partie du décor, la violence s’est banalisée.
Sur le chemin des classes, les recruteurs promettent une vie facile à des jeunes désœuvrés. Beaucoup décrochent, happés par le tik, une méthamphétamine hautement addictive qui ravage les corps et les familles, quand ce n’est pas l’héroïne. Vernon, un habitant du quartier, constate comment la drogue phagocyte l’avenir des enfants du quartier : « Les jeunes ne trouvent pas de travail. Alors qu’est-ce qu’ils font ? Ils quittent l’école et ils n’ont rien à faire. Ils viennent ici, dans la rue. Ils jouent à des jeux d’argent, puis quelqu’un leur propose un truc à fumer, et ils deviennent accros à la drogue. S’il y avait du boulot, ils arrêteraient les gangs et la drogue. Celui-ci, il a pris plusieurs balles. C’est pour ça que son surnom est Lucky (chanceux en anglais, ndlr.)« .

Des manifestants devant le poste de police de Mitchell’s Plain, avant la marche contre la drogue et le banditisme de 7 septembre 2025. La marche visait à sensibiliser à un Mitchell’s Plain sûr et harmonieux, aux Cape Flats et à toute cette province de l’A © Brenton Geach/Gallo Images via Getty Images
« Voir ces enfants qui ont grandi devant moi, défoncés dans la rue… »
Pour les parents, l’impuissance est immense. Chez Carmen, sur les murs du salon, les photos des proches tués rappellent l’ampleur du drame : mari, frère, beau-frère, tous victimes de règlements de comptes. Elle raconte comment son fils est devenu gangster après l’assassinat de son père. Le toxicomane de 23 ans multiplie les séjours en prison, vole le peu de biens qu’il reste à la maison, agresse même son grand-père. « Il m’a volé deux ordinateurs, trois téléphones, mon micro-ondes, la télé que son père avait achetée. Il a volé tout mon électroménager en fait. Il ne me reste rien dans la maison » déplore sa maman. « Voir ces enfants qui ont grandi devant moi, défoncés dans la rue, voler les gens, ça ne va pas s’arrêter parce que tout est lié. Il y a cette guerre de territoire et ils rendent des enfants accros aux drogues pour qu’ils fassent leur sale boulot. Nos enfants meurent, ils meurent dans les rues, à cause de la drogue, des gangs« .
Au milieu du trafic, des mères « courage » remplacent une police impuissante
La plupart des gangsters nous connaissent, nous ne les jugeons pas, on les encourage d’arrêter ça.
La défiance envers la police est profonde, accusée de n’intervenir qu’après les crimes, sans démanteler durablement les réseaux. Face à l’insécurité, des habitants ont décidé d’agir. Principalement des mères organisent des patrouilles citoyennes. Renée, Carole, Amanda sont levées à l’aube pour escorter les enfants vers l’école.
« La plupart des gangsters nous connaissent. On fait partie de la même communauté. On connaît leurs parents, leurs familles. C’est aussi pour cela qu’ils nous respectent. Nous ne les jugeons pas. On leur parle, on les encourage d’arrêter ça, c’est dangereux. Tu vas finir en prison ou bien mort » témoigne l’une d’elles.
Sans armes ni pouvoir légal, elles se contentent d’observer, d’alerter, d’installer des caméras. Elles ne peuvent fouiller ni interpeller. Leur engagement dans ces réseaux de vigilance est bénévole, pris sur le temps familial. « Comme vous pouvez le voir, les patrouilles sont principalement composées de femmes, des mères. Nous avons de la compassion. Ton enfant est comme mon enfant. Quand je vois qu’un enfant prend une mauvaise route, je veux aider. Et nous faisons ce que nous pouvons pour que nos quartiers soient plus sûrs. On essaie, vraiment, on essaie« .


![[Vidéo] Revivez les images de la mobilisation des lougatois en faveur de leur maire Moustapha Diop](http://directactu.net/wp-content/uploads/2025/03/Moustapha-diop.jpg-360x180.webp)

























![[ Vidéo] Kosmane Français (Koungheul): la case de santé de la localité soutenue par le Serigne Ndao/ Elimane Mbaye](http://directactu.net/wp-content/uploads/2026/06/IMG-20260602-WA0034-360x180.jpg)




![[ Vidéo] Kenya: au moins 16 morts et 73 blessés](http://directactu.net/wp-content/uploads/2026/05/Screenshot_20260529-134023-360x180.png)

























![[Vidéo] Revivez les images de la mobilisation des lougatois en faveur de leur maire Moustapha Diop](http://directactu.net/wp-content/uploads/2025/03/Moustapha-diop.jpg-120x86.webp)