Pendant 32 ans, le président Mobutu a dirigé le Congo de manière brutale, avec le soutien de l’Occident : de la Belgique, bien sûr, mais aussi des États-Unis. Dans l’ombre de Patrice Lumumba, Mobutu gravit les échelons du pouvoir avant de s’en emparer. Après un second coup d’État en 1965, il scelle le destin d’un pays tout juste libéré et devient son nouveau président. Quel rôle a réellement joué Mobutu ? Était-il une marionnette, ou a-t-il manipulé les régimes démocratiques qui le soutenaient ?
Dans l’ombre de Patrice Lumumba, Mobutu gravit les échelons du pouvoir. Il devient le confident de Lumumba tout en nouant secrètement des alliances avec les États-Unis et la Belgique. Lorsque Lumumba devient, après l’indépendance, l’ennemi numéro un de l’Occident, Mobutu choisit son camp : il organise un coup d’État et participe froidement à l’assassinat de son mentor. En agissant ainsi, il ne trahit pas seulement Lumumba, mais met aussi un terme brutal à l’élan de décolonisation du Congo.
Le documentaire Mobutu, le maître du jeu retrace, en quatre épisodes, l’histoire de Mobutu Sese Seko, fin stratège politique, qui a gouverné pendant 32 ans grâce au soutien de l’Occident et à un jeu d’alliances savamment orchestré.
Dans Retour aux sources, Hélène Maquet revient sur la trajectoire du dictateur avec ses invités : Bob Kabamba, politologue à l’ULiège, et Colette Braeckman, ancienne journaliste au Soir, spécialiste du Congo.
1958, la marche vers l’indépendance du Congo s’intensifie. Le Mouvement national congolais de Patrice Lumumba joue un rôle déterminant dans cette avancée. Lors de la proclamation d’indépendance signée à Léopoldville le 30 juin 1960, Joseph Kasa-Vubu est élu président, Lumumba est alors son Premier ministre. A l’époque, Joseph-Désiré Mobutu n’est encore qu’un jeune officier, Secrétaire d’État dans le gouvernement de Patrice Lumumba, il profite rapidement des divisions politiques et de son expérience militaire pour gravir les échelons de l’armée.
Sous l’influence de l’ambassadeur de Belgique, il organise, le 14 septembre 1960, un premier coup d’État : Lumumba est arrêté, puis livré au Katanga, où il sera assassiné quelques mois plus tard. Il accusera alors son ancien mentor de sympathies communistes, Mobutu gagne ainsi le soutien des États-Unis dans sa quête du pouvoir.

5 ans plus tard, après avoir consolidé son pouvoir militaire, il renverse à nouveau le gouvernement. Soutenu par la CIA et salué par une partie de la population, Mobutu devient le nouveau maître du Congo. Son régime repose sur deux piliers : la stabilité intérieure et l’appui des puissances occidentales.
Si Mobutu parvient rapidement au pouvoir c’est notamment grâce au soutien occidental. Et la Belgique joue un rôle clé, mais Colette Braeckman souligne également l’importance des USA : « Les Belges n’étaient pas seuls au Congo. Ils agissaient en coordination avec les Américains. Et ça, le documentaire a le mérite de le montrer d’une façon extrêmement claire que Lumumba ne pouvait pas être accepté par les Belges. Mais qu’il était récusé aussi par les Américains et que donc il y avait une conjonction d’intérêts entre les États-Unis et la Belgique« .
Mobutu : un homme politique manipulé par l’occident ?

D’où Mobutu tire-t-il son pouvoir ? Est-il une marionnette de l’Occident ou est-ce lui qui, quelque part, profite du pouvoir qui lui est donné et manipule Belges et Américains ?
Pour le politologue Bob Kabamba, Mobutu était en réalité un fin politicien à la stratégie bien pensée :
« Il faut bien se rendre compte qu’il a bien compris le système mondial, comment il fonctionnait. Et il savait très bien ce qu’il fallait faire pour pouvoir rester au pouvoir. En connaissant les règles du jeu, il est plus facile de pouvoir jouer.«
Et ces règles du jeu, Mobutu les connaît dès le départ, depuis qu’il s’est séparé de Lumumba. Ainsi, le nouveau dirigeant parvient à inscrire son règne dans la durée et à conserver une continuité dans ses liens internationaux. « Il y a une continuité de la présence américaine, aussi bien dans les années 60, dans les années 70, dans les années 80, jusqu’à ce qu’il soit lâché. Et lui, il s’assoit sur l’intervention américaine pour pouvoir continuer à gérer. Et la Belgique, là-dedans, va être plus ou moins le souffre-douleur de cette histoire, mais de manière continue avec les Américains. De temps en temps, il y a des disputes avec les Belges, mais il y a cette continuité, en connaissance des règles du jeu, ce qui lui a permis de véritablement asseoir son pouvoir et régner pendant 32 ans.«

Mobutu était en effet bien loin d’être la marionnette des Occidentaux. Le président du Congo, désormais appelé Zaïre, n’hésite pas à jouer avec ses alliances afin de conserver le pouvoir sur son territoire.
« Il voyait très bien quel était son intérêt. C’était absolument clair qu’il était l’allié des Belges. Et donc, il gardait toutes ces connexions en Belgique. Mais pas uniquement. Il est le maître du jeu, il est le maître du Congo. Et c’est ce qui lui a permis de rester aussi longtemps aux affaires, et de tomber quand toutes les cartes, toutes les planètes se sont alignées : le jeu avait changé, la guerre froide était terminée, et on n’avait plus besoin de lui, ni à Washington, ni à Bruxelles, ni ailleurs. Et ça, c’est la fin de Mobutu« , précise Colette Braeckman.
Le pouvoir d’un seul homme

Mais bien avant sa chute, Mobutu exercera, durant 32 ans, un pouvoir total, de manière autoritaire et brutale. Le dirigeant s’inscrit dans la continuité du système colonial mis en place par la Belgique, structuré autour de trois grands piliers : l’Église, l’économie et l’État. Mobutu va ainsi pérenniser ce système coercitif en remplaçant le colonisateur par sa propre figure. Il concentre entre ses mains tous les leviers du pouvoir. L’armée, elle aussi, devient un instrument personnel :
« Ce n’est pas l’armée de la République démocratique du Congo, mais son armée à lui« , explique le politologue Bob Kabamba.
Et lorsque l’Église tentera de prendre son indépendance, il imposera la zaïrianisation, bannissant les prénoms chrétiens et affirmant son autorité sur toute la société. Rien ne résiste au dirigeant.
Pour la journaliste Colette Braeckman, Mobutu incarne « un pouvoir total », presque divin. Ancien journaliste formé en Belgique, il « sent le vent », comprend l’air du temps et sait comment en tirer profit. En prônant « l’authenticité » et le retour aux valeurs africaines, il détourne ce discours pour renforcer sa légitimité : « Il prend des thèmes qui sont dans l’air du temps, il les retourne et il les met au service de son pouvoir« , résume-t-elle.
Tandis qu’il flatte les Occidentaux, il prône auprès de son peuple la « politique de l’authenticité » pour effacer les traces coloniales et redonner fierté aux Congolais. Mais cette façade cache une autre réalité : Mobutu se prend pour un dieu, et derrière ce culte de la personnalité se cachent corruption institutionnalisée et abus généralisés.












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