El Hadji Ahmadou Sakhir Ndiéguène, un guide dont la longévité exceptionnelle — 107 ans — n’a eu d’égale que sa piété. Homme de consensus, médiateur social et amoureux du Livre Saint, il a laissé derrière lui une empreinte indélébile. Découvrez le portrait d’un bâtisseur qui, à l’heure de son dernier souffle, ne possédait pour seule fortune que la lumière du Coran
Au quartier Keur Mame Elhadji à Thiès, le souvenir d’El Hadji Ahmadou Sakhir Ndiéguène demeure profondément ancré dans la mémoire collective. Guide religieux respecté, homme de paix et bâtisseur, il a marqué l’histoire spirituelle et sociale de cette cité.
Dans la mosquée qu’il avait lui-même fait construire, les récitals du Saint Coran résonnent particulièrement en ce mois béni de Ramadan. C’est dans ce cadre chargé de spiritualité que son petit-fils, Cheikh Ahmed Sall Ndiéguène, chargé de communication de la famille, est revenu sur la vie et l’œuvre de cet homme considéré comme un grand serviteur de l’islam.
Un siècle de sédentarité spirituelle
Né en 1890 à Thiès, El Hadji Ahmadou Sakhir Ndiéguène est le fils d’El Hadji Ahmadou Barro Ndiéguène, fondateur du quartier Keur Mame Elhadji, et de Sokhna Aminata Faye. Il a passé pratiquement toute sa vie dans cette cité religieuse. Le seul moment où il a passé une nuit en dehors de Keur Mame Elhadji fut lors d’un séjour à l’île de Gorée pour rendre visite à un disciple de son père. À part ce voyage, il a vécu l’ensemble de ses 107 années dans ce foyer spirituel.
Dès son plus jeune âge, son père lui inculque l’apprentissage du Saint Coran avant de l’envoyer à Thiakh Niang, dans la région de Diourbel, chez El Hadji Birane Niang pour parfaire sa formation religieuse. Là-bas, il approfondit sa maîtrise du Coran et enrichit son savoir islamique avant de revenir à Keur Mame Elhadji. Aîné de la famille, il devient très tôt le bras droit de son père, qui lui confie de nombreuses responsabilités et le prépare progressivement à lui succéder. À la disparition de ce dernier en 1936, El Hadji Ahmadou Sakhir Ndiéguène accède au khalifat.
Le médiateur et le bâtisseur
Durant son magistère spirituel, il poursuit et amplifie l’œuvre de son père. Il développe la cité de Keur Mame Elhadji, y fait construire une mosquée et participe à la modernisation du quartier. Visionnaire, il nourrit également une grande préoccupation pour le développement du pays et le bien-être des populations. Homme d’une grande ouverture, il ne faisait aucune distinction entre ethnies, races ou religions. Pour lui, la communauté devait vivre dans la paix et la cohésion sociale.
Reconnu pour son sens de la médiation, il a même joué un rôle important auprès du président Léopold Sédar Senghor afin d’obtenir la réintégration de cheminots licenciés à la suite d’une grève.
Parallèlement à ses actions sociales, il consacrait une grande partie de son temps à l’apprentissage et à l’enseignement du Coran. Grand agriculteur, il partageait également les fruits de ses récoltes avec les populations.
Une fin de vie empreinte de sainteté
Le mois de Ramadan occupait une place particulière dans sa vie. Durant cette période, il multipliait les actes de dévotion, les récitals du Coran et les actions de solidarité. Il organisait notamment des séances de Latif Al-Kurane et distribuait des chapelets à ses disciples.
Selon les témoignages, El Hadji Ahmadou Sakhir Ndiéguène avait même prédit sa mort. Peu avant son décès, il se recueillit sur la tombe de son père, puis annonça aux habitants qu’il ne lui restait que quelques jours à vivre. Il s’éteignit finalement le 14 août 1997 à l’âge de 107 ans. Fidèle à sa vie d’humilité, il ne laissa aucune fortune derrière lui.
Ses proches découvrirent seulement 70 francs CFA dans ses poches. Sa véritable richesse était l’islam, la spiritualité et le Saint Coran.
Aujourd’hui, son héritage demeure vivant : l’hôpital régional de Thiès porte son nom. Actuellement, c’est son fils, Serigne Mounirou Ndiéguène, qui en assure la direction spirituelle.
























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