La Chine vient de franchir un cap symbolique majeur en condamnant à la peine de mort avec sursis deux de ses anciens ministres de la Défense, Li Shangfu et Wei Fenghe. C’est une des sentences les plus drastiques depuis la réforme de l’armée chinoise ordonnée par le président Xi Jinping. Mais au-delà ces deux noms, c’est une purge systémique qui secoue l’Armée populaire de libération (APL).
Wei Fenghe et Li Shangfu ont tous deux été condamnés à la peine de mort avec sursis. Concrètement, cette sentence équivaut à la prison à vie. Accusés officiellement de corruption, de pots-de-vin et de trafic d’influence, ces deux généraux sont les plus haut gradés jamais publiquement sanctionnés de la sorte. Ceci souligne la gravité de la purge au sein de l’armée chinoise alors que ces deux figures ne représentent que la partie émergée d’un iceberg beaucoup plus vaste.
L’ampleur de la purge
La campagne anticorruption menée par Xi Jinping est en cours depuis 2013. Ce qui est inquiétant, c’est qu’elle commence à changer de nature : « Au départ, on pensait qu’il éliminait les rivaux de son prédécesseur. Mais maintenant, cela montre qu’il insiste énormément sur la loyauté absolue. Il reprend en main les militaires« , analyse Thierry Kellner, politologue à l’ULB. Selon lui, ce motif de corruption sert surtout à éloigner des personnalités charismatiques qui pourraient jouer un rôle de « faiseurs de roi » lors d’une future succession.
Les chiffres illustrent l’ampleur de la purge : au cours des deux dernières années, plus d’une centaine de hauts responsables ont été démis de leurs fonctions, arrêtés ou ont tout simplement « disparu » de la scène publique. 52% des postes clefs de l’armée ont fait l’objet d’une purge. La Commission militaire centrale (CMC), l’instance décisionnelle suprême, est passée de sept membres à seulement deux : Xi Jinping lui-même et un enquêteur anticorruption. Même Zhang Youxia, ancien vice-président de la CMC et numéro deux de facto de l’armée, a récemment fait l’objet d’une enquête pour « violation de la discipline« , une expression souvent utilisée dans les affaires politiques sensibles. Il ne s’agit donc plus d’exceptions, mais bien d’une purge systémique.
Pourquoi prendre des mesures aussi radicales ?
La corruption est endémique en Chine, car les accusations ne sont pas toutes fabriquées, mais elles sont instrumentalisées. L’objectif de Xi Jinping est de briser les factions et les réseaux d’influence pour s’assurer une obéissance absolue, non pas envers le Parti, mais envers sa propre personne.
Le message véhiculé par une peine de mort avec sursis repose sur la terreur psychologique. Le président montre ainsi qu’il détient le pouvoir de vie ou de mort sur quiconque ne se soumettrait pas totalement.
Cette stratégie a un effet majeur : l’immobilisme. « Xi Jinping s’entoure de ‘yes-men’, des personnes qui vont lui dire exactement ce qu’il veut entendre« , explique Thierry Kellner. En privilégiant la loyauté au détriment de la compétence et en semant la peur, le président au pouvoir décourage toute initiative. Dans une armée moderne, où la réactivité est cruciale, cette attitude attentiste généralisée est un sérieux obstacle.
Une armée fragilisée ?
Le paradoxe est frappant : Xi Jinping souhaite disposer d’une armée de classe mondiale, prête au combat d’ici 2027 ou 2049, mais il la prive de ses meilleurs éléments. La purge a particulièrement touché les secteurs nucléaires stratégique et spatial. Pire encore, elle a éliminé toute expérience du combat. « Parmi les personnes purgées figuraient les seuls généraux chinois ayant une véritable expérience du combat : les vétérans du conflit de 1979 avec le Vietnam« , note Kellner. Aujourd’hui, les rangs ne comptent plus d’officiers ayant connu le combat réel.
Cette configuration crée un danger géopolitique concret. Entouré de conseillers trop loyaux pour oser le contredire, Xi Jinping pourrait être tenté de prendre des décisions impulsives, notamment concernant Taïwan. « Si plus personne ne s’oppose à lui, il pourrait décider du jour au lendemain de lancer une opération militaire, même si les forces ne sont pas préparées« , met en garde Thierry Kellner.
Sans experts pour souligner les difficultés logistiques ou les risques d’intervention américaine, le risque d’une « erreur de calcul catastrophique » n’a jamais été aussi élevé.















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