La chambre du conseil de Bruxelles se prononcera le 17 mars sur le renvoi d’Etienne Davignon devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, ont annoncé les avocats de la famille de Patrice Lumumba à la sortie d’une longue audience à huis clos, le mardi 20 janvier en début d’après-midi. La famille de l’ex-Premier ministre congolais assassiné espère toujours obtenir « justice et vérité », soixante-cinq ans après les faits.
La chambre du conseil a entendu le 20 janvier les deux parties dans ce dossier avant de mettre sa décision en délibéré.
Les avocats d’Etienne Davignon, Me John Verbist et Me Philip Traest, ont disparu rapidement à la clôture de l’audience, sans répondre aux questions des journalistes présents à la sortie de la salle d’audience. La défense d’Etienne Davignon a plaidé la prescription, le dépassement du délai raisonnable, estimant qu’il était trop tard pour juger de la participation d’Etienne Davignon dans l’assassinat de Patrice Lumumba, ont rapporté les avocats de la famille Lumumba à Belga après l’audience.
« Pas question de vengeance mais de soif de savoir »
« Nous ne pouvons pas remonter le temps […], mais nous comptons sur la justice belge pour faire son travail et éclairer l’histoire« , a déclaré à l’AFP avant l’audience Yema Lumumba, 33 ans, une petite-fille de Patrice Lumumba
« Il n’est pas question de vengeance mais de soif de savoir. Des millions de personnes aimeraient connaître la vérité« , avait expliqué de son côté Roland Lumumba, père de Yema, joint par téléphone à Kinshasa il y a quelques jours. Souffrant, il n’a finalement pas fait le déplacement à Bruxelles, contrairement à son intention initiale, selon son entourage.
Selon les avocats de la famille, cette audience fermée au public devait permettre de nouvelles constitutions de parties civiles d' »une dizaine de petits-enfants » du héros de l’indépendance congolaise.
Une forme de « passage de flambeau » à la génération suivante, selon l’un des avocats, Christophe Marchand.
« Nos parents commencent à avoir un certain âge. C’est important pour nous de montrer que ce combat continue, que nous sommes là pour nous assurer qu’il soit mené jusqu’à la fin« , a renchéri Yema Lumumba, présente au tribunal avec cinq autres petits-enfants.
Etienne Davignon, soupçonné notamment de « détention et transfert illicite »
Premier chef du gouvernement de l’ancien Congo belge devenu indépendant le 30 juin 1960, Patrice Lumumba a été renversé dès la mi-septembre 1960 par un coup d’Etat.
Il a été conduit dans la région sécessionniste du Katanga (sud) où il a été exécuté le 17 janvier 1961 avec deux frères d’armes par des séparatistes, avec l’appui de mercenaires belges. Son corps, dissous dans l’acide, n’a jamais été retrouvé.
Aujourd’hui un seul homme en Belgique peut encore répondre d’une éventuelle responsabilité pénale, parmi la dizaine de fonctionnaires, policiers ou agents de renseignements belges qui étaient visés initialement dans la plainte déposée en 2011 à Bruxelles par plusieurs enfants de la victime.
Il s’agit de l’homme d’affaires Etienne Davignon, 93 ans, ex-commissaire européen, stagiaire diplomate pour la Belgique à l’époque des faits.
Il est soupçonné notamment de « détention et transfert illicite » de Patrice Lumumba au moment où ce dernier avait été fait prisonnier, selon le parquet fédéral, qui a demandé en 2025 son renvoi en procès devant le tribunal de Bruxelles.
L’homme d’affaires a toujours nié toute implication des autorités belges.
Crime colonial majeur
Il y a quinze ans, la plainte initiée par les fils François et Roland Lumumba, s’appuyant sur les conclusions d’une enquête du Parlement belge, accusait diverses administrations belges d’avoir pris part à « un vaste complot en vue de l’élimination politique et physique » du dirigeant congolais.
Parmi la série de responsables initialement ciblés, l’apprenti diplomate Etienne Davignon, qui n’avait alors pas 30 ans, est soupçonné d’avoir été aux premières loges quand a été évoqué un projet d’arrestation de Lumumba.
« Avant l’assassinat, il y a une arrestation, un transfert, de la torture. Tout cela doit être jugé« , a ajouté Me Marchand devant la presse. « C’est un pas très important par rapport à la réparation d’un crime colonial majeur« .
Dans le cadre de cette instruction pour « crimes de guerre« , la justice belge avait mis la main en 2016 sur une dent de Patrice Lumumba, restituée en 2022 à la République démocratique du Congo dans un cercueil, lors d’une cérémonie officielle à Bruxelles.
La dent avait été saisie chez la fille d’un policier belge aujourd’hui décédé ayant participé à la disparition du corps, après l’assassinat de 1961.
Lors de la restitution, le Premier ministre belge de l’époque Alexander De Croo avait renouvelé les « excuses » déjà formulées par l’exécutif fédéral en 2002 pour sa « responsabilité morale » dans cette disparition.
Revenant sur les conditions de ce « terrible » assassinat, dans un Katanga sécessionniste refusant de reconnaître le nouveau pouvoir indépendant, M. De Croo avait pointé du doigt des responsables belges qui à l’époque « ont choisi de ne pas voir« , « de ne pas agir« .












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