En conférence presse ce samedi à Dakar, le Collectif Urgence Tchad (CUT) a lancé un appel international aux partenaires bilatéraux et multilatéraux afin de suspendre tous les financements, programmes et projets en cours au Tchad. Dans une déclaration particulièrement sévère contre les autorités de transition, le collectif dénonce une dégradation continue des droits humains, une instrumentalisation de la justice et un climat sécuritaire jugé « explosif ».
Selon le CUT, les récents événements marqués par « l’enlèvement » de huit opposants politiques et leur procès des 7 et 8 mai 2026 illustrent « le vrai visage du régime » en place depuis le 20 avril 2021. Le collectif affirme qu’en cinq ans, « des milliers de Tchadiens ont été tués, enlevés ou portés disparus ».
Le document cite notamment la mort de l’opposant Yaya Dillo à N’Djamena, la condamnation de Succès Masra ainsi que la déchéance de nationalité visant les défenseurs des droits humains Charfadine Galmaye et Makaïla Nguebla. Pour le CUT, ces décisions constituent de « graves violations » des lois nationales et des conventions internationales ratifiées par le Tchad.
Le collectif met particulièrement en cause la Cour suprême tchadienne et son président, Samir Adam Annour. Il l’accuse d’avoir violé plusieurs dispositions de la loi organique régissant la haute juridiction à travers une décision rendue le 24 avril 2026 prononçant la nullité du GCAP et l’illégalité de ses activités.
Le CUT estime que cette décision porte atteinte au principe du procès équitable ; à la liberté d’expression et d’association ; à l’indépendance de la justice.
Le collectif invoque également plusieurs textes internationaux, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques ainsi que la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
Au-delà des questions politiques et judiciaires, le CUT alerte sur les conséquences économiques et sécuritaires de la situation actuelle. Il estime que le Tchad ne présente plus les garanties nécessaires pour les investisseurs étrangers et les partenaires internationaux.
Le document évoque notamment la corruption généralisée ; l’insécurité juridique et judiciaire ; l’instabilité politique ; les risques de conflits civilo-militaires.
Le collectif rappelle également plusieurs contentieux économiques ayant affecté le pays ces dernières années, notamment les affaires Savana Energy, N-Soft et ExxonMobil. Il cite aussi le départ de grandes entreprises et institutions financières comme Total et Société Générale.
Selon le CUT, ces éléments traduisent « un climat des affaires intenable » et compromettent la viabilité des programmes financés par les partenaires internationaux.
Dans sa déclaration, le Collectif Urgence Tchad affirme que le pays traverse une crise de gouvernance profonde et met en garde contre une possible aggravation des tensions sociales et sécuritaires.
Le mouvement appelle ainsi les bailleurs multilatéraux et bilatéraux à suspendre tous les financements en cours et à venir ; les investisseurs étrangers à interrompre leurs projets ; la communauté internationale à suivre de près l’évolution de la situation politique et sécuritaire au Tchad.
Le collectif conclut en estimant que « les jours à venir seront des plus critiques » pour le pays.





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