Missiles balistiques, drones, intercepteurs : la guerre entre l’Iran et les États-Unis se joue en grande partie dans le ciel (y compris au-dessus du Détroit d’Ormuz). Si Américains, Israéliens et leurs alliés parviennent à intercepter la plupart des menaces, cela les oblige à mobiliser de coûteux systèmes antimissiles, au risque d’épuiser leurs stocks. Comment s’organise cette défense antiaérienne ? Combien de temps les deux camps pourront-ils tenir ?
Donald Trump a récemment rencontré les patrons des fleurons de l’industrie de défense américaine. Lockheed Martin, Boeing, Raytheon… Le stock américain de munitions telles que celles utilisées en Iran est « illimité », dit-il sur son réseau Truth Social. Il a pourtant demandé à ces dirigeants de faire monter leur production en puissance.
Et il semble bien que les stocks ne soient pas si inépuisables que cela. La puissance militaire américaine domine largement l’iranienne, mais elle a, aussi, ses limites. Les systèmes de défense antimissiles, cruciaux dans cette guerre, pourraient venir à lui manquer.
La guerre se joue dans le ciel. L’Iran n’a qu’une aviation vieillissante, mais elle se bat à coups de missiles et de drones. « L’Iran a entrepris de construire un arsenal balistique (puis un arsenal de drones) dès les années 80-90″, rappelle Etienne Marcuz, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), et spécialiste des questions de dissuasion et de défense antimissile. « Les missiles iraniens sont, au fur et à mesure, devenus de plus en plus sophistiqués, avec des portées de plus en plus longues, une précision améliorée. »
« L’Iran dispose de l’arsenal de missiles le plus vaste et le plus diversifié du Moyen-Orient, comprenant des missiles balistiques et de croisière, dont certains peuvent atteindre Israël et même l’Europe de l’Est« , constate le Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), un important groupe de réflexion américain.
Les missiles balistiques à courte portée (moins de 1000 km) lancés actuellement par l’Iran visent en priorité à cibler les intérêts américains dans le golf arabo-persique, et les missiles à moyenne portée (au-delà de 1000 km) sont destinés en priorité aux attaques sur Israël.
À cet arsenal, il faut ajouter les drones. À la fin des années 2010, les Iraniens ont innové avec leur fameux Shahed, fournis à la Russie, et désormais copié par les Américains. Ils sont moins rapides, mais aussi beaucoup moins coûteux que les missiles. « C’est important de comprendre que les Iraniens ne sont pas pour autant dans une approche ‘du pauvre’, souligne Etienne Marcuz. Il y a une réelle recherche d’efficacité opérationnelle, et d’innovation. » Les drones kamikazes ont d’ailleurs une portée qui va jusqu’à 2500 km, mais ils sont peu utilisés contre Israël (si ce n’est par le Hezbollah, à partir du Liban).

Un écolier iranien prend des photos avec son téléphone portable devant les drones Shahed-136 (à gauche) et Shahed-131 lors de sa visite au Parc aérospatial national du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) à l’ouest de Téhéran, le 11 octobr © Morteza Nikoubazl/NurPhoto via Getty Images
Quel stock de missiles et de drones en Iran ?
Quels sont les stocks des Iraniens ? Selon l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS), basé à Tel Aviv, la république islamique disposerait d’un stock d’environ 2000 à 2500 missiles balistiques. Mais ce n’est évidemment qu’une estimation. « Les stocks de missiles à moyenne portée ont été fortement réduits, d’une part parce qu’il y a eu des centaines de tirs entre 2024 et 2025 et d’autre part parce qu’ils faisaient partie des cibles prioritaires d’Israël lors de la guerre des 12 jours, en juin 2025. » Les missiles à courte portée n’étant pas une menace pour Israël, ils ont été plus épargnés.
Quant aux drones, ils seraient des dizaines de milliers. Contrairement aux missiles, ils peuvent être fabriqués n’importe où, dans des ateliers rudimentaires. Ils peuvent aussi être stockés n’importe où, transportés extrêmement facilement, et lancés à partir d’un simple pick-up, par exemple.
Saturer les défenses
À l’aide de ces drones et de ces missiles, la république islamiste tente de saturer les défenses ennemies. « Ce sont des lancements synchronisés pour arriver à peu près au même moment sur la cible, explique le chercheur à la FRS. Avec les drones, l’idée c’est d’en lancer des dizaines simultanément qui arrivent par des trajectoires différentes, qui forcent les adversaires à disperser leur attention dans tous les secteurs du ciel, alors que l’espace aérien est déjà fortement congestionné, avec du trafic civil, et militaire.«
C’est sans doute ce qui a mené le Koweït à abattre trois avions de combat américain le 1er mars dernier. « C’est probablement parce qu’il croyait que c’étaient des Shaheds. Ça stresse énormément les défenses.«
Les drones sont plus faciles à intercepter, à l’aide d’un simple fusil de précision, embarqué à bord d’un hélicoptère par exemple. Les avions de chasse les interceptent aussi. Mais comme ils sont lancés en essaim, il y en a forcément qui finissent par passer entre les mailles des systèmes d’interception. Une attaque coordonnée de drones et de missiles a d’ailleurs détruit un précieux, et rare, radar américain qui fait partie d’un système de défense antimissile appelé THAAD, et qui sert donc à repérer les missiles avant de les intercepter.
Les boucliers antiaériens, des systèmes multicouches
Américains, Israéliens et leurs alliés dans le Golfe disposent de différents systèmes de défense antiaérien pour tenter d’intercepter les missiles iraniens avant qu’ils n’atteignent leur cible. Il s’agit de systèmes multicouches, qui fonctionnent en plusieurs niveaux, soit les champs d’intervention des différents systèmes de défense.
Côté israélien, la première couche, la couche la plus basse, constitue le fameux « dôme de fer ». Ce dernier n’entre pas en action face à l’Iran, car il est destiné à intercepter des projectiles à courte portée (comme les roquettes du Hamas et du Hezbollah, plus proches).
Ce sont les couches médianes et supérieures qui entrent en jeu : la fronde de David, l’Arrow 2 et l’Arrow 3, destinés ici à intercepter les missiles balistiques à moyenne portée.

© RTBF – Julie Coremans
« Il y a une première tentative, détaille Etienne Marcuz, si possible, en dehors de l’atmosphère, dans l’espace, au-dessus de 100km d’altitude, avec le système ARROW 3, ensuite, une deuxième tentative – ou une première en fonction du type d’assaillant – avec le système ARROW 2, entre 40 et 80 kilomètre d’altitude et enfin il y a la défense terminale, la fronde de David, en-dessous de 20km. »
Côté américain, au sein du bouclier utilisé dans les pays du Golfe, on ne retrouve pas la couche supérieure. Elle n’est pas nécessaire car les missiles à courte portée qui visent les intérêts américains dans cette zone ne sortent presque pas de l’atmosphère. La première couche, la plus basse, est couverte par le système Patriot-3, qui entre en action en dessous de 20km d’altitude. Et la couche suivante, est couverte par le système THAAD qui intercepte les missiles entre 30km et 150 km d’altitude.
Une « guérilla balistique »
« C’est en fait assez logique qu’il y ait eu une baisse nette après les premiers jours du conflit, commente l’expert en defense antimissile à la FRS. Les lanceurs [de missiles] iraniens étaient présents en grand nombre, dans des zones qui étaient connues. » Beaucoup ont donc été détruits (300, selon l’INSS). « Mais plus le conflit va durer, plus la densité de lanceurs va être faible. Et cela va devenir l’équivalent de chercher une aiguille dans une botte de foin. » D’autant que l’Iran est très grand et très montagneux. « On s’achemine non plus vers des salves massives, mais plutôt vers une sorte de guérilla balistique où les lanceurs vont sortir peut-être à un ou deux simultanément et tirer leurs missiles et rentrer.«
Et à ce petit jeu-là, de l’avis de plusieurs experts, les Iraniens peuvent encore tenir le coup longtemps. Sans plus toucher de cibles militaires mais en imposant une pression économique, en continuant à viser ne fût-ce que sporadiquement les navires du détroit d’Ormuz, les raffineries ou d’autres sites industriels des pays du Golfe.
Ali Fadavi, un représentant des Gardiens de la Révolution iraniens a brandi mercredi la menace d’une « guerre d’usure » à même de « détruire l’économie américaine entière » et « l’économie mondiale« . L’armée iranienne a également dit vouloir désormais frapper « les centres économiques et les banques » dans le Golfe, tandis que l’agence iranienne Tasnim a cité les géants américains de la tech comme de « futures cibles » de Téhéran, parmi lesquels Amazon, Google, Microsoft, IBM Oracle ou encore Nvidia.
Combien de temps encore ?
Sous pression à l’approche des élections de mi-mandat de novembre, Donald Trump pourrait chercher une issue à la guerre en déclarant victoire, invoquant l’assassinat d’Ali Khamenei ou la destruction des capacités nucléaires et balistiques de Téhéran, selon Fawaz Gerges, professeur à la London School of Economics, interrogé par Reuters.
Au-delà de la pression économique, les États-Unis doivent aussi s’assurer de garder des stocks de munitions pour pouvoir faire face à la Chine, qui reste son adversaire systémique. « Les Américains ont déjà refusé des Patriot à l’Ukraine, rappelle Etienne Marcuz. Et tout ce qu’ils dépensent actuellement, ils ne pourront plus l’utiliser contre la Chine.«
Donald Trump, dans une de ces déclarations ambiguës dont il est coutumier, a quant à lui déclaré mercredi que l’Iran était « proche de la défaite ». « Cela ne veut pas dire que nous allons arrêter immédiatement, mais ils le sont« , a-t-il ajouté. Il continue d’entretenir le flou sur l’objectif de cette guerre, et donc sur le moment où il sera atteint : renverser le régime iranien, ou affaiblir les capacités balistiques et nucléaires du pays.

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