
Ce 26 novembre 2025, des militaires se sont emparés du pouvoir en Guinée-Bissau, interrompant brutalement un processus électoral qui suivait pourtant son cours normal.
Ce pseudo coup d’État constitue une honte pour l’armée bissau-guinéenne, et rappelle tristement deux précédents putschs injustifiés dans l’histoire politique ouest-africaine :
– celui de 2012 au Mali, perpétré par le capitaine Amadou Sanogo contre le Président Amadou Toumani Touré ;
– et celui de 2014 au Burkina Faso, mené par le général Gilbert Diendéré au lendemain de la chute de Blaise Compaoré.
Au Mali en 2012, rien ne justifiait la prise du pouvoir.
ATT dirigeait le pays sans crise majeure et avait clairement affirmé qu’il ne briguerait pas de troisième mandat. Pourtant, à quelques semaines de la fin de son second mandat, Sanogo a renversé le régime.
Aucun soutien populaire : citoyens, société civile et instances régionales ont exigé un retour rapide à l’ordre constitutionnel, conduisant à une transition civile.
Au Burkina Faso en 2014, alors que le peuple venait d’arracher sa victoire contre un régime autoritaire de plus de quatre mandats, une frange de militaires a tenté de confisquer cette victoire.
Mais les Burkinabè ont résisté : « Nous n’avons pas chassé un militaire pour le remplacer par un militaire. »
Là encore, les putschistes ont été contraints de se retirer au profit d’un gouvernement civil.
C’est précisément pour ces raisons que les peuples africains attendent aujourd’hui de la CEDEAO une position ferme.
La mission qui sera dépêchée à Bissau devra mener un dialogue ferme et sans ambiguïté afin de convaincre les militaires de laisser le processus électoral aller à son terme, jusqu’à la proclamation des résultats, et d’accepter la volonté populaire.
La CEDEAO ne doit écarter aucune option — y compris l’activation de sa force en attente — comme en Gambie en 2016 face à Yahya Jammeh, qui refusait de reconnaître la victoire d’Adama Barrow.
La CEDEAO joue également son crédit politique et sa légitimité.
Elle doit regagner la confiance des peuples ouest-africains, surtout celle de la jeunesse.
Ses interventions au Mali, au Burkina et au Niger (2020–2024) n’étaient pas perçues comme prioritaires, car dans ces pays, les coups d’État répondaient à une nécessité absolue :
– insécurité généralisée,
– progression du terrorisme,
– échec des régimes civils à protéger les citoyens.
Dans le même temps, la CEDEAO est restée silencieuse face aux coups d’État constitutionnels d’Alassane Ouattara et d’Alpha Condé, engagés dans des troisièmes mandats anticonstitutionnels.
L’élection truquée de 2020 en Guinée et la mort de plusieurs manifestants ont d’ailleurs directement mené à l’arrivée au pouvoir du colonel Mamady Doumbouya.
Alors, qu’est-ce qui pourrait justifier le coup d’État en Guinée-Bissau aujourd’hui ?
Quelle raison objective ?
Quelle urgence nationale ?
Le président Umaro Sissoco Embaló a dirigé deux mandats, parcouru le monde sans crainte d’instabilité interne et a déjoué deux tentatives de putsch.
Pourquoi aurait-il été soudainement renversé précisément au moment du décompte des voix ? La campagne électorale et l’élection se déroulées sur l’ensemble du territoire national sans incident majeur.
Même à Madagascar, tout récemment, si je me permets d’extrapoler, lorsque des militaires sont intervenus, c’était dans un contexte de blocage profond menaçant l’État.
Rien de comparable en Guinée-Bissau.
Ici, aucune crise interne majeure n’est reconnue au niveau international.
Les militaires évoquent une prétendue « tentative de trouble à l’ordre public » en lien avec des narcotrafiquants : ce ne sont que des balivernes, destinées à justifier l’injustifiable.
Les forces armées bissau-guinéennes doivent rendre immédiatement le pouvoir aux civils.
Et si la CEDEAO souhaite réellement prouver son utilité et sa raison d’être, elle ne doit pas transiger. C’est d’ailleurs que dans ce contexte qu’elle doit prouver toute sa force militaire.
Que la mission accomplisse sa tâche — et qu’elle ne dépasse pas trois mois.
Le peuple ouest-africain observe.
Et cette fois, il jugera.
Mbissane FAYE
Ancien sous-officier de police, analyste indépendant des questions sécuritaires et étudiant en droit.



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