La première étape du plan de paix impulsé par Donald Trump doit encore être finalisée. Il faudra ensuite rebâtir une nouvelle autorité politique à Gaza et reconstruire, à peu près tout. À Gaza, les bombardements israéliens ont tout broyé. Des immeubles transformés en poussière, des hôpitaux éventrés, des routes effacées. Selon les estimations de l’ONU, plus de 60% des logements ont été détruits ou gravement endommagés. Le paysage n’est plus qu’un enchevêtrement de béton et de ferraille. Sous les gravats, entre 37 et 51 millions de tonnes, d’après les chiffres du Programme des Nations unies pour le développement, gisent des vies entières, des souvenirs, et un futur encore à inventer.
Ce sont des chiffres vertigineux qui démontrent l’ampleur colossale des dégâts causés par l’armée israélienne. Quatorze ans pour évacuer les débris dans un scénario pessimiste, vingt ans pour reconstruire, si le territoire est libéré de toutes ses restrictions. D’autres évaluations parlent de 80 ans. Et au total, 53 milliards de dollars seraient nécessaires pour reconstruire la bande de Gaza, selon un rapport conjoint de la Banque mondiale, de l’Union européenne et des Nations unies. Mais au-delà du temps et de l’argent, se pose une question plus profonde : qui reconstruira Gaza, et comment la population survivra toutes ces années ?
Les gravats avant les murs
Avant de rebâtir, il faudra dégager. Et ce travail-là, à lui seul, prendra des années. Les gravats ne sont pas de simples débris : ils contiennent munitions non explosées, amiante, déchets toxiques, et menacent la santé de ceux qui les manipulent. Le nettoyage, phase préalable à tout projet, est donc une opération à haut risque.
Il faudra cinq à huit ans pour dégager la majeure partie des ruines. Et ce à condition que les entrepreneurs puissent aller et venir sans restriction. Si les camions et les engins ne sont pas ralentis au check point. Un accès facile qu’Israël ne laissera certainement pas faire pour contrôler ce qui est importé et exporté de la Bande de Gaza.
« Le vrai défi n’est pas seulement technique, mais logistique et politique », souligne un ingénieur de la région de Rafah. « On ne peut rien reconstruire tant que les camions ne passent pas, tant que les frontières restent sous contrôle militaire. ».
Les entreprises dans les starting blocs
La reconstruction commencera par un afflux massif d’aide humanitaire. Mais ensuite, un autre afflux commencera : celui des entreprises. Les géants du secteur égyptien de la construction, déjà présents à la frontière de Rafah, devraient être parmi les premiers à intervenir. L’Égypte, pivot du plan arabe de reconstruction, a promis d’envoyer matériel et équipes dès que la sécurité le permettra. Des groupes comme Orascom Construction ou Arab Contractors se tiennent prêts à lancer les opérations de déblaiement et de réhabilitation.
Les entreprises locales palestiniennes, bien que fragilisées, pourraient jouer un rôle crucial. Petits entrepreneurs, artisans, ingénieurs, conducteurs d’engins : une armée civile qui devra reconstruire pierre après pierre, souvent dans des conditions extrêmes. Les entreprises européennes et internationales pourraient fournir l’expertise en ingénierie, détection des munitions, traitement des matériaux contaminés, conception urbaine et durable. Les banques et assureurs compléteront ce dispositif : les grands chantiers nécessitent garanties, investissements, assurances contre les risques politiques et sécuritaires.
Mais tout cela dépend d’une condition : la stabilité. Sans cessez-le-feu durable, donc sur plusieurs années, sans ouverture logistique claire, aucun chantier ne sera mené jusqu’au bout.

© AFP – Talar Kalajian
Le logement, principal secteur sinistré, représentera environ 30% du coût total. Les infrastructures vitales : eau, électricité, hôpitaux, écoles, etc., seront les premières à être réhabilitées. Mais les priorités, forcément politiques, risquent de susciter des tensions : qui décide, qui construit, qui bénéficie, par quoi on commence ?
Le plan arabe soutenu par l’Europe tente d’apporter une réponse. Porté par l’Égypte et appuyé par la France, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni, il prévoit une gouvernance technocratique palestinienne, hors contrôle du Hamas. Un cadre de cinq ans pour relancer les infrastructures et reloger les déplacés internes. Un plan ambitieux mais suspendu à la situation militaire et diplomatique.
Plusieurs plans de reconstructions et beaucoup de questions
Jeudi dernier, Emmanuel Macron organisait une « réunion ministérielle d’opérationnalisation du plan de paix au Proche-Orient« . Elle a rassemblé les ministres des Affaires étrangères ou représentants de pays arabes et européens (Égypte, Qatar, Jordanie, Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Turquie, etc.). Ainsi que des États européens (France, Allemagne, Italie, Espagne, Royaume-Uni), l’Union européenne, la Turquie, et d’autres acteurs internationaux.
L’un des volets clefs était la mise en place d’une force internationale de stabilisation temporaire à Gaza, qui pourrait encadrer le retrait israélien, veiller au respect du cessez-le-feu, aider à la formation des forces de sécurité palestiniennes, et garantir un environnement sécurisé pour les opérations de reconstruction.
La France place « l’initiative parisienne comme complément au plan de paix proposé par Donald Trump« , en cherchant à travailler de concert avec les États-Unis, le Qatar, l’Égypte et la Turquie.
Travailler de concert peut-être. Mais il semble y avoir une bataille sur le leadership. Qui parviendra à imposer sa vision et ses choix ? Donald Trump a été très clair. Il voudrait imposer une autorité provisoire sous la coupe américaine, se voyant à la tête de l’autorité provisoire. Ce qui ne plaît ni au Hamas, ni à l’autorité palestinienne en exil.
Et cette « initiative parisienne » est ralentie par un grand absent : Israël ne fait pas partie de la discussion. Difficile pourtant de parler reconstruction à Gaza sans le gouvernement israélien.
Reconstruire Gaza, c’est plus que reconstruire un territoire, C’est reconstruire la possibilité d’une vie.
Dans les camps improvisés de Rafah, Deir al-Balah ou Jabalia, des centaines de milliers de Gazaouis survivent dans des tentes ou des bâtiments éventrés. Eau rare, électricité quasi inexistante, maladies respiratoires et infections se multiplient.
Les ONG parlent d’un « traumatisme collectif durable ». Beaucoup ont tout perdu : famille, maison, travail. Les enfants ne vont plus à l’école depuis des mois ; certains n’ont jamais connu autre chose que la guerre.
» On nous parle de milliards, de plans, de chantiers. Mais nous, on a besoin d’un toit, d’eau, d’un peu de lumière « , confie Amina, 32 ans, déplacée de Khan Younès. « Avant de reconstruire les immeubles, il faudra reconstruire les gens. » Un ingénieur gazaoui confie aussi que reconstruire ce n’est pas seulement matériel, c’est « reconstruire la possibilité d’une vie. ».
La reconstruction peut prendre deux chemins
Rebâtir n’est pas qu’une question d’empilement de béton et de techniques. Reconstruire Gaza peut prendre deux trajectoires différentes.
Soit, les pays étrangers et les entreprises décident de former la main-d’œuvre locale, d’employer des entreprises palestiniennes, de rétablir les services de base. Soit la reconstruction se fera au bénéfice d’investisseurs étrangers, sans participation de la population et sans reconstruction sociale. La deuxième option risque de mener à un grand nettoyage ethnique, comme le souligne Pascal Boniface, géopolitologue et directeur de l’institut des relations internationales et stratégiques. Il faudrait évacuer la population, probablement l’engager comme main-d’œuvre bon marché. Pour un profit qui partira ailleurs.
Reconstruire Gaza, le mirage de l’histoire sans fin
Pour comprendre les difficultés que va rencontrer la reconstruction, on peut regarder ce qu’il s’est passé à Gaza entre 2009 et 2023. Il y a 17 ans, le 27 décembre 2008, Israël déclenchait « l’opération plomb durci » sur la Bande de Gaza. Bombardements et incursion militaire qui ont fait 1400 morts côté palestinien. L’armée israélienne voulait faire cesser les attaques de roquettes du Hamas. Le groupe terroriste répondait à l’époque à des premiers bombardements six mois plus tôt.
En 2009 déjà, un plan de reconstruction de Gaza avait été avancé. Déjà à l’époque, le plan précisait qu’il « sera nécessaire de rouvrir les points de passage de la bande de Gaza, fermés en guise de sanction contre le Hamas, afin de permettre notamment l’entrée des matériaux de construction. »
Vœux pieux. Cinq ans plus tard, le travail n’avait toujours pas avancé de façon significative. En 2014, Un accord entre l’ONU, les Palestiniens et Israël devait permettre des travaux d’une ampleur importante avec des investissements étrangers. Avec déjà, l’objectif de lever les restrictions israéliennes aux frontières.
Si ce scénario se reproduit, des centaines de milliers de Gazaouis pourraient vivre dans des ruines et des habitations bricolées pendant des années, voire des décennies.
Tout dépendra de la capacité à négocier une paix durable entre Israéliens et Palestiniens, ce qui n’est pas encore à l’horizon. Si une autorité reconnue par la population peut s’installer à Gaza sans conflits internes. Et si les choix politiques construisent un avenir au-delà des intérêts partisans.
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