La chronique populaire a souvent fait cas de partenaires sexuels s’étripant pour des histoires d’ébats filmés grâce aux larges possibilités qu’offrent les outils technologiques, le téléphone en particulier. La tendance prend de l’ampleur.
Ndeye Fatou Diéry DIAGNE« Le SOLEIL »
Certains couples se plaisent à filmer ce qu’ils font de plus intime. « C’est du voyeurisme et rien d’autre », estime une sexologue gardant l’anonymat. Pour elle, cette pratique en vogue relève d’une attitude sadomasochiste. Amplifiée par les réseaux sociaux, elle est en vogue et défraie la chronique des faits divers. Les vidéos amatrices sont tournées avec un téléphone portable ou deux. Elles mettent en scène les partenaires en plein acte sexuel. La particularité de ces vidéos est qu’elles ne sont nullement tournées par une caméra cachée. L’instrument de tournage est tenu par un des partenaires qui filme selon un angle bien compromettant, exhibant ainsi les parties intimes du corps et offrant au « monde » des scènes d’une révoltante obscénité.
Aujourd’hui, la tendance « lomotif » (application vidéo qui a fini par avoir une acception salace) des jeunes alimente tous les débats. De jeunes adolescents se sont mis à exhiber leurs ébats sexuels accessibles à un large public grâce aux avancées technologiques. Il s’agit d’une longue série de petites vidéos effectuées dans des villas à louer et dont les protagonistes sont encore très jeunes.
Le « lomotif » en vogue chez les jeunes
Une tendance qui inquiète Aminata Sèye, parent d’élèves : « nos enfants sont en perdition ». Et elle désigne le coupable : « Nos enfants découvrent et explorent le monde par le smartphone qu’ils maîtrisent mieux que les adultes. Beaucoup de parents sont désarmés. D’autres ont démissionné et les jeunes s’ouvrent un boulevard avec tout ce que cela comporte comme travers », constate cette mère soucieuse.
L’une des vidéos les plus virales met en scène deux jeunes élèves d’une école de la place. Les deux tourtereaux avaient pris un appartement meublé avant de tourner des séquences très impudiques. Un ami du garçon dans la vidéo a bien voulu se prononcer sur cette affaire qui a secoué les familles des concernés. « Sur le coup, c’était un moment de gloire mais après les conséquences ont commencé à tomber et sa vie a changé. Quand ta nudité fait le tour des téléphones, c’est autre chose », reconnaît ce jeune homme. Le destin a été plus dramatique pour la fille. « Elle a été atteinte dans sa fierté. Elle a perdu l’estime des autres et ne sort plus de chez elle. Ce qui lui arrive est insoutenable », confie-t-il, triste pour cet ami imprudent.
Des adultes aussi s’en donnent à cœur joie
Cette manie de filmer ses ébats, des adultes en sont également atteints. Ndèye Astou (nom d’emprunt), jeune dame qui croquait la vie à pleines dents, en a vécu l’amère expérience. Elle vivait une charmante idylle avec un Sénégalais vivant en Europe de l’ouest. « C’était un homme d’une délicieuse douceur. Étant au Sénégal et lui en Europe, on se plaisait à parler au beau milieu de la nuit, sans se refuser certains petits plaisirs érotiques à distance. Je me suis laissé aller. Quand je lui ai parlé de mariage, parce que notre relation commençait à durer, il a commencé à avoir une attitude agressive », confie la quadragénaire. Mais, ce n’était que le début. Lasse d’attendre, la bonne dame l’informe d’un projet de mariage avec un autre homme pour y mettre la forme : « C’est comme s’il s’y attendait. Sa première phrase a été de me dire ceci : « j’ai gardé toutes tes vidéos même si je te demandais de supprimer les miennes »». Ndèye Astou est alors sous le choc. Elle n’en revient pas. Pour l’en convaincre, son amant, qui n’avait pas encore de papier, lui envoie quelques vidéos de leur « intimité à distance » qui mettait en évidence leurs parties intimes. Comme beaucoup de victimes au début, elle cède au chantage avant de s’en ouvrir à la sœur de son tyrannique soupirant qui finit par montrer de la sagesse.
Des personnalités publiques, comme une célèbre danseuse, un homme politique et bien d’autres anonymes, ont vécu pareille mésaventure. Des familles se sont disloquées, des vies détruites, des lendemains compromis. D’autres téméraires, comme ce célèbre « snappeur », n’a pas hésité à exhiber ses parties intimes sur les réseaux sociaux. C’est le temps de l’impudeur.
Les sites pornographiques en profitent
Des couples mariés s’en donnent également à cœur joie, surtout ceux que la distance sépare. « Une de mes amies continuent de le faire avec son mari vivant à l’étranger mais je l’en dissuade toujours. C’est très risqué », soutient Brigitte (nom d’emprunt), qui ne désespère pas de la convaincre des risques encourus. « C’est d’autant plus osé que les sites pornographiques sénégalais utilisent ces vidéos pour alimenter leurs contenus », explique Abdourahmane Ly, informaticien. « On voit bien que ce sont des vidéos amatrices. La grande question est comment se sont-elles retrouvées sur ces plateformes. Peut-être que lorsque la relation connaît une fin désastreuse, ce qui était censé être un moment de plaisir partagé devient un élément de règlement de compte », tente-t-il de répondre à son propre questionnement. Cela peut virer au chantage ou atterrir au tribunal ou à la Commission de protection des données personnelles (Cdp). La presse a souvent relaté ces faits.
BAÏDY DIOP, SOCIOLOGUE
« Cette tendance rend compte du niveau de dépravation des valeurs »

La manie de filmer ses propres ébats ou ses parties intimes témoigne d’une altération des valeurs de la société sénégalaise. C’est l’avis du sociologue Baïdy Diop.
Pourquoi les gens éprouvent le désir de filmer leurs ébats sexuels?
Il faut dire que ce fait n’est pas forcément le fruit d’un désir, certains le conçoivent comme un besoin, certes non nécessaire au vu de ses éventuelles conséquences. Désir ou besoin, la tendance est réelle. On a raccourci l’espace grâce aux médias sociaux pour avoir la même possibilité de vie intime que les couples présents dans une maison ou une chambre. Si la technologie a pour vocation de lever les obstacles techniques en utilisant les lois scientifiques, les réseaux sociaux semblent bien se positionner comme une solution de l’assouvissement des désirs sexuels à travers les vidéos ou des messages érotiques audio ou écrits. Comme pour dire qu’il y a une certaine facilité de vécu sexuel à distance à travers le visionnage de ces contenus.
Est-ce que l’intimité du rapport est trahi dans ces cas ?
La trahison de l’intimité sexuelle dépend de la conception des partenaires sexuels. Pour certains, ce n’est pas grave de filmer ses ébats ou sa nudité. Si toutefois l’un des partenaires n’est pas du même avis, alors forcément il y a trahison de l’intimité. Mais, en général, dans la conscience collective, cela est bien une trahison de l’intimité puisque la sexualité est perçue comme une affaire très privée.
Cette tendance ne traduit-elle pas une altération des valeurs de la société?
Effectivement, cette tendance rend compte du niveau de dépravation des valeurs. Le privé et l’intime ont cédé la place au libertinage. L’avènement des réseaux sociaux inscrit nos sociétés dans le lot de celles sans fondement.
Du consentement au chantage
Filmer des ébats sexuels est une pratique qui ne sort pas du cadre législatif sénégalais. « Depuis 2008, le législateur sénégalais travaille sur des lois relatives au numérique. Il s’est attelé à mettre sur place une loi sur la protection des données à caractère personnel, la cybercriminalité, la cryptologie et la loi d’orientation de la Société de l’Information », renseigne Ibrahima Sow, consultant en données personnelles et en cybersécurité. Selon ce dernier, ces lois visent la sensibilisation, la lutte contre le vol de données et surtout le respect de la vie privée découlant des données personnelles. Celles-ci désignent tout élément permettant d’identifier une personne physique. Il peut s’agir de photos, de pièces d’identité… Ces données sont extrêmement protégées.
Filmer les ébats sexuels avec consentement en tant que tel ne constitue pas un délit au Sénégal. « La répression intervient dès lors que l’un des partenaires ou une tierce personne décide de se servir de ces films aux fins de chantage ou de les publier sans consentement des personnes sur le fichier », précise Ibrahima Sow. Par contre, si les personnes sur la vidéo ont consenti à publier la vidéo sur un site pornographique ou sur d’autres plateformes, cet acte n’est pas punissable par la loi.














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