L’édition 2026 du Grand Magal de Touba, commémorant le départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké vers le Gabon, est prévue le 2 août prochain. En perspective de cet évènement religieux qui mobilise, chaque année, des millions de visiteurs et de fidèles mourides, l’APS a choisi de mettre en exergue 18 parmi les cheikhs compagnons de Serigne Touba, lesquels ne sont, cependant, pas classés selon l’ancienneté de leur compagnonnage avec le fondateur du mouridisme.
Dans la liste sélectionnée par l’APS et consolidée avec l’Université Cheikh Ahmadoul Khadim de Touba, figurent Cheikh Adama Guèye, Serigne Ibra Sarr Ndiagne, Serigne Massamba Diop Sam, Cheikh Abdourahmane Lo Ndam, Cheikh Ibra Faty Mbacké, Mame Cheikh Anta “Boroom Gaawaan”, Serigne Mandoumbé Khaabaan, Serigne Cheikh Darou Assane Ndiaye et Serigne Ahmadou Fadiama Niang.
Elle comprend également Cheikh Ibrahima Fall Lamp, Cheikh Mouhammad Lamine Gaye “Firdawsi”, Cheikh Aliou Diouf Lambaye, Serigne Ciré Lô Sanoussi, Serigne Mbacké Bousso, Serigne Mouhamadou Lamine Bara Gaye Faty Mbodji, Cheikh Bara Gaye Khary Fall, Serigne Mayacine Oumy Dieng et Cheikh Issa Diène.
Cheikh Adama Guèye : l’esprit mouride
Né en 1844 à Mbabou, village situé à proximité de Thilmakha, dans l’actuel département de Tivaouane (ouest), Cheikh Adama Guèye est présenté par les historiens du mouridisme comme l’un des premiers disciples à avoir officiellement accompli, en 1883, l’acte d’allégeance à Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul. Cet acte lui confère une place éminente dans l’histoire de la confrérie mouride.
Cheikh Adama Guèye fit la connaissance du jeune Ahmadou Bamba à l’école coranique de Mbacké Cadior, dirigée par Serigne Momar Anta Sally, père du fondateur du mouridisme. Entre les deux hommes, naquit une profonde estime réciproque, nourrie par une même quête du savoir et de la perfection spirituelle.
Homme d’une envergure spirituelle exceptionnelle, Cheikh Adama Guèye demeure surtout célèbre pour le rôle décisif qu’il joua dans la rencontre entre Cheikh Ahmadou Bamba et Mame Cheikh Ibra Fall.
Cet homme qui consacrait sa vie à l’adoration d’Allah, partageait son temps entre la prière, la méditation, l’enseignement et le travail. Il fut rappelé à Dieu en 1897, à l’âge de 53 ans, et inhumé à Mbacké Cadior.
Serigne Ibra Sarr Ndiagne, “l’ami véritable”
Dans la longue liste de disciples de Cheikh Ahmadou Bamba, Serigne Ibra Sarr Ndiagne fait partie des hommes les plus dévoués au guide du mouridisme.
Incarnation de la fidélité sans faille, ce cheikh, soif de savoir et de sa transmission aux disciples, a vu le jour à Ndiagne, un village de la région de Louga (nord), vers 1267 de l’Hégire (1850).
Dans un document intitulé “Les Figures du mouridisme”, réalisé par la commission culturelle de l’établissement islamique Al-Azhar, le chercheur Same Bousso Abdourahmane, écrit que Serigne Ibra Sarr Ndiagne a d’abord fait la connaissance de Cheikh Adama Guèye avec lequel il a répondu à l’appel lancé par Cheikh Ahmadou Bamba pour la vulgarisation du mouridisme.
“En fidèle compagnon, Cheikh Ibra Sarr a suivi son guide dans tous ses déplacements, de Mbacké Kadior à Touba où le Cheikh l’a installé en lui confiant un grand nombre de disciples”, écrit Same Bousso Abdourahmane.
L’érudition légendaire de Cheikh Ibra Sarr, qui a créé de nombreux villages comme Thiar Diamoy et Ténéfoul, est immortalisée dans les poèmes de Serigne Massamba Mbacké, de Cheikh Mad Diaw Pakha ou encore d’un savant mauritanien du nom de Cheikh Sajjad.
Lorsque Cheikh Ahmadou Bamba est venu à Diourbel, il ordonna à Cheikh Ibra Sarr de quitter Ndiagne pour venir s’installer auprès de lui, au nord de la grande Mosquée.
Serigne Ibra y a vécu jusqu’à son rappel à Dieu en 1917. Il a été inhumé à Touba.
Serigne Massamba Diop Sam : l’éternel soufi
Serigne Massamba Diop Sam, l’un des fidèles compagnons de Cheikh Ahmadou Bamba, est réputé pour sa grande piété et ses connaissances. Né vers 1852 dans un village du Cayor, il entretenait d’étroites relations d’amitié avec Mame Mor Anta Sally, le père de Serigne Touba.

Same Bousso Abdourahmane rapporte qu’un jour, Serigne Mame Mor Anta Sally était venu rendre visite à son ami à Sam, accompagné de son fils Cheikh Ahmadou Bamba, alors absorbé par les sciences religieuses et littéraires et engagé dans la voie soufie.
“Lors de cette visite, Cheikh Ahmadou Bamba a vu un homme, en l’occurrence Serigne Massamba, assis sous l’ombre d’un arbre, en train de lire et de méditer. Le Cheikh s’est approché de lui et lui a demandé de jeter un coup d’œil sur son livre. Durant cette courte discussion, il lui a gratifié de quelques explications qui l’ont totalement ébloui”, lit-on.
Serigne Massamba a été parmi les premiers à répondre à l’appel historique lancé, depuis Mbacké Kadior, par Serigne Touba pour une “réforme radicale dans la société fondée sur une éducation spirituelle rigoureuse et strictement conforme à la tradition du Prophète (PSL)”.
Il reçut ainsi du Cheikh l’onction de fonder son propre village près de Sam, nommé Darou Sam, jusqu’à son rappel à Dieu en 1926.
Cheikh Abdourahmane Lo Ndam : le confident
Serigne Ndam Abdourahmane Lô était de cette génération qui reçut du Cheikh lui-même une éducation pratique, une formation mystique ainsi que les fondements essentiels de sa nouvelle voie : le Mouridisme.
Né à Méoundou, dans l’actuel département de Tivaouane, au cours du mois de Rabî-al-awwal 1271 de l’Hégire (vers 1853-1854), d’une famille réputée pour son érudition, sa piété et la noblesse de ses membres, il apprit et mémorisa, en peu de temps, le Saint Coran, puis le transcrivit, selon la coutume, avant de se rendre à la célèbre université de Pire pour y perfectionner ses connaissances du Livre et entamer l’étude des sciences islamiques, selon Serigne Same Abdourahmane Bousso.
Dans la célèbre école de Serigne Mame Mor Anta Sally, Serigne Ndam vivait avec Cheikh Ahmadou Bamba qui y dispensait des cours sous la supervision de son éminent père.
A la disparition de Serigne Mame Mor Anta Saly, Serigne Touba, qui avait décidé, plus tard, de faire une tournée au Sénégal et en Mauritanie, confia à Serigne Ndam la charge d’assurer son intérim.
Confident et conseiller du Cheikh, ce dernier va lui confier l’instruction de ses frères cadets et, plus tard, de ses propres enfants avant de lui donner pour épouses successivement deux de ses filles : Sokhna Fatimatou, puis Sokhna Mouslimatou, ajoute Serigne Same Bousso.
Serigne Abdourahmane Lo Ndam, rappelé à Dieu au mois de Chaabane 1363 de l’Hégire (1944), a été immortalisé par de nombreux poèmes lui rendant hommage.
Cheikh Ibra Faty Mbacké : le bras droit de Cheikhoul Khadim
Fils de Serigne Momar Anta Sally et de Sokhna Fatimatou Diop, Cheikh Ibrahima Faty Mbacké, appelé également Mame Thierno Birahim ou “Borom Darou”, est né à Porokhane vers 1863.
Son nom est un hommage à un martyr de l’islam, le grand Cheikh Thierno Ibrahima Kane. C’est lui qui s’occupa de la famille et des affaires de son frère Cheikh Ahmadou Bamba pendant ses exils.

Ayant fondé sa voie sur le savoir, la pratique religieuse et le travail, Serigne Touba ordonna à Mame Thierno, en 1912, de créer le village de Dâr al- Mu’tî (Darou Mousty, cité du Bienfaiteur) pour inculquer à ses adeptes ces trois valeurs.
Lorsqu’il fut convoqué à Saint-Louis par le gouverneur du Sénégal, Cheikh Ahmadou Bamba choisit Mame Thierno comme émissaire.
Grâce à ses qualités, celui-ci réussit à persuader les autorités coloniales de renoncer à l’envoi d’un détachement armé pour emmener le cheikh par la force, souligne-t-on.
Selon Serigne Khadim Ahmad Lo, un des contributeurs du document intitulé “Les Figures du mouridisme”, réalisé par la commission culturelle de l’établissement islamique Al-Azhar, le cheikh a été rappelé à Dieu, jeudi 24 du 8e mois du calendrier musulman (baraxlu), en l’an 1362 de l’Hégire, correspondant au 26 août 1943.
A quelques kilomètres de Darou Mousty, se trouve le village de Chicory où Mame Thierno vécu pendant les épidémies de peste. Ses descendants ont restauré ce village.
Mame Cheikh Anta “Boroom Gaawaan” : le multidimentionnel
Mame Cheikh Anta “Boroom Gaawaan”, de son autre nom Cheikh Sidy Moukhtar Mbacké, est le frère cadet de Cheikh Ahmadou Bamba.
Né à Porokhane, dans la région du Saloum (centre) en 1867, le fils de Mame Asta Walo Mbacké et de Serigne Momar Anta Sally, a appris le Coran auprès de célèbres érudits dont Cheikh Abdourahmane Lo, indique l’inspecteur Khadim Mbacké Cheikhou. C’est auprès de son grand-frère Serigne Mor Diarra qu’il a étudié les sciences islamiques avant de rejoindre Cheikh Ahmadou Bamba qu’il ne quittera plus jamais.

Personnalité multidimensionnelle, “Boroom Gaawaan” était un éducateur spirituel ayant sous sa direction plusieurs “daara” (écoles coraniques) où ses disciples exerçaient comme activité secondaire une agriculture de grande envergure.
Il sinvestit dans les relations commerciales, disposant de fonds consistants, d’un parc automobile impressionnant et de plusieurs magasins.
“Il a été même considéré, en 1919, comme l’homme le plus riche du pays”, rapporte Khadim Mbacké Cheikhou.
En politique aussi, il apportera son soutien à la candidature de Ngalandou Diouf au Parlement français. Ce choix lui vaudra la colère de Blaise Diagne, l’adversaire de Ngalandou, qui ordonna de l’interner à Ségou (au Mali) de 1929 à 1935, ajoute la source.
“Boroom Gaawaan”, décédé le 1er janvier 1941 à Darou Salam, “avait consacré toute sa vie aux œuvres profitables à l’ensemble des musulmans, à la contribution à la prospérité de la communauté mouride et au soulagement des souffrances des fidèles”, souligne Khadim Mbacké Cheikhou.
Serigne Mandoumbé Khaabaan : le fidèle compagnon
Cheikh Ahmad Ibnou Saïd, plus connu sous le nom de Serigne Mandoumbé Khaabaan, est un disciple et frère de Cheikh Ahmadou Bamba, né à Ndia, un village situé à l’ouest de Mbacké Baol, en 1276 de l’Hégire (1859).
Son père avait quitté Mbacké Baol avec d’autres chefs religieux pour rejoindre Maba Diakhou Ba en vue de le soutenir dans son jihad contre les colons et les monarchies païennes.
A la suite du décès de son père, Serigne Ahmadou Ndoumbé retourna à Mbacké Cajor où Cheiklh Ahmadou Bamba s’était installé avec son père Mame Mor Anta Sally, affirme Serigne Cheikh Mbacké Khaabaan dans “Les figures du mouridisme”.
Selon le célèbre biographe Cheikh M. Lamine Diop, “le Cheikh l’envoyait en Mauritanie avec pour mission de recopier des ouvrages rarement trouvables au Sénégal”.
Il accompagna Serigne Touba de Mbacké Cajor à Mbacké Baol et participa à la construction du village de Darou Salam et celui de Touba.
C’est au Saloum, dans le village de Porokhane, qu’il a été rappelé à Dieu.
Serigne Cheikh Darou Assane Ndiaye : l’ascète
Serigne Assane Ndiaye, plus connu sous le nom de Darou Assane Ndiaye, en référence au village qui porte aujourd’hui son nom, a vu le jour en 1858 à Ndiaré, localité située dans le Ndiambour. C’est à Nguèyène Saer, auprès de l’éminent Serigne Ndiaye Aram Samb, qu’il a intégralement mémorisé le Coran.
De retour dans son village natal, il ouvrit sa propre école coranique, où il se consacra à l’enseignement du Coran et à la formation religieuse des jeunes disciples.
Animé d’une aspiration toujours plus profonde à la perfection spirituelle, il décida d’approfondir sa formation intellectuelle, en fréquentant notamment le prestigieux “daara” de Serigne Momar Anta Sally Mbacké, à Mbacké Cadior, selon Serigne Cheikh Ndiaye Qatar, membre de la famille de Cheikh Darou Assane Ndiaye.
C’est dans ce haut lieu du savoir islamique qu’il fit la connaissance du jeune Ahmadou Bamba, alors son condisciple et fils de son maître. Cette rencontre oriente son destin spirituel et fait de lui l’un des premiers compagnons du futur fondateur du mouridisme. Serigne Assane Ndiaye figura parmi les premiers à reconnaître son autorité religieuse.
Son attachement indéfectible au Cheikh lui valut l’estime profonde de celui-ci, qui lui attribua le surnom de Mor Hassan Ndiaye.
Après avoir fondé plusieurs villages, notamment Darou Salam Ndiaye et Touba Ndiaye, où il établit des “daara” consacrés à l’enseignement du Coran, à la formation religieuse et à l’éducation spirituelle, il s’est éteint en 1924, à Touba, à l’âge de 66 ans.
Il a été inhumé dans la capitale du mouridisme, où sa mémoire demeure étroitement associée à celle des premiers bâtisseurs de la confrérie.
Serigne Ahmadou Fadiama Niang : l’assoiffé de la science islamique
Village profondément religieux, Afé, situé dans l’ancienne province du Djolof (centre), a vu naître vers 1848 Serigne Ahmadou Fadiama Niang.
Fils de Tafsir Bara Khoudia Niang et de Sokhna Fadiama Baty Mbacké, tous deux issus de familles profondément enracinées dans la tradition islamique, Serigne Ahmadou Fadiama Niang grandit dans un environnement où la quête du savoir et la dévotion constituaient les fondements de l’éducation.

Il reçut les premiers enseignements du Coran auprès de son père qui le confia plus tard à Serigne Momar Anta Sally Mbacké, dont l’école de Mbacké Cadior comptait parmi les plus prestigieux centres d’enseignement islamique de son époque. C’est là qu’il fit la connaissance du jeune Ahmadou Bamba, alors condisciple, bien avant que celui-ci ne fonde la voie mouride. Cette rencontre, née dans le cadre de leur commune quête de la science islamique, allait se transformer en une profonde relation spirituelle appelée à marquer durablement l’histoire du mouridisme, rapporte Mame Thierno Niang, membre de la famille de Cheikh Ahmadou Fadiama Niang.
Il fonde le village de Keur Niang, aujourd’hui intégré à l’agglomération de Touba, où il développa simultanément l’enseignement coranique, la formation religieuse et les activités agricoles, avant d’être rappelé à Dieu vers 1923.
Cheikh Ibrahima Fall Lamp : le lieutenant
Né vers 1855 à Ndiaby Fall, d’une lignée royale du Cayor, Cheikh Ibra Fall reçut ses premières initiations religieuses au sein du foyer familial. Son père, Ahmadou Fall, fut son premier maître et lui enseigna le Coran ainsi que les fondements des sciences religieuses islamiques.

Habité par une soif ardente de spiritualité, il s’est mis à la recherche de la lumière divine. C’est ainsi qu’il arriva à Mbacké Cadior au 20e jour du mois lunaire de Ramadan de l’an 1883 sous la guidée de Serigne Adama Guèye. Dès qu’il aperçût Cheikh Ahmadou Bamba, il sentit une sorte de vibration parcourir chaque fibre de son corps. Il se prosterna devant le Cheikh et lui prêta allégeance, selon Ibrahima Saer Ndiaye, auteur du livre “Biographie des cheikhs et grands disciples de Cheikh Ahmadou Bamba”.
Fondateur du mouvement religieux des Baye-Fall, il avait pour credo l’attachement sincère de l’aspirant au travail comme acte de foi, selon Mame Cheikh Fall, membre de la famille de Cheikh Ibra Fall.
Perçu par l’administration coloniale comme le premier lieutenant de Cheikh Amadou Bamba et le second personnage de son ordre, il accueillit, en 1895, avec une grande peine la décision prise par les autorités coloniales de faire exiler son maître.
C’est en juin 1930 qu’il s’est éteint à Diourbel. Il fut inhumé à Touba, auprès de nombreuses figures emblématiques de la communauté.
Cheikh Mouhammad Lamine Gaye “Firdawsi” : le généreux
Cheikh Mohammed Lamine Gaye “Mu baaxma” (Le généreux) est considéré comme l’un des plus éminents disciples de Cheikh Ahmadou Bamba et l’un de ses plus proches compagnons.
Il se distingua par sa droiture, son ascétisme, sa sincérité et sa profonde piété. Ces qualités lui valurent l’estime et le respect des chefs religieux et des savants de son époque et le surnom de Bara Gaye “Firdawsi”, rapporte Same Bousso.
Né en 1861 à Gad Demba, dans le Njambur, il grandit dans une famille de sciences et de piété où il mémorisa le Coran et reçut sa première formation religieuse auprès de son père, le savant Cheikh Tafsir Maguèye Hawa Dièye, avant de poursuivre ses études auprès de plusieurs maîtres renommés.
Très jeune, il rejoignit Cheikh Ahmadou Bamba, auquel il prêta allégeance et qu’il accompagna fidèlement.
En reconnaissance de ses qualités, le Cheikh lui confia la mission d’enseigner aux disciples. Il poursuivit cette œuvre d’enseignement avec dévouement, d’abord à Ker Ndiaga, puis à Touba, où il forma de nombreux érudits.
Il fonda plusieurs villages destinés à la formation religieuse et à l’encadrement des disciples, où il inculquait la piété, le travail et les nobles valeurs morales.
En guise d’héritage, il laissa de nombreuses recommandations sur la quête du savoir, le travail licite, la purification du cœur et les bonnes relations avec Dieu et avec les hommes.
Il s’éteignit le 11 septembre 1941 à l’âge de 83 ans et fut inhumé au cimetière de Touba.
Cheikh Aliou Diouf Lambaye : le combattant
Réputé pour son courage, sa loyauté et son attachement indéfectible à Serigne Touba, Cheikh Alioune Diouf, communément appelé Aliou Diouf Lambaye, en référence au village de Lambaye, est venu au monde vers 1850.

Dès sa tendre enfance, Serigne Alioune Diouf apprend le Coran et les sciences islamiques auprès de Serigne Abdou Sèye, réputé pour la qualité de son enseignement, avant de poursuivre ses études supérieures au prestigieux foyer d’enseignement de Diakhal de Serigne Mandiaye Bayé, l’une des grandes figures du savoir islamique de son époque, écrit Ibrahima Saer Ndiaye.
Devenu un savant accompli grâce à son érudition, sa rigueur intellectuelle et sa profondeur spirituelle, il se rendit, en compagnie de son ami Babacar Ndiaye Thiargane, auprès de Cheikh Ahmadou Bamba en 1885, à Darou Salam, afin de lui prêter allégeance.
Le nom de Serigne Alioune Diouf est associé à un acte demeuré célèbre dans la tradition mouride. Bravant les interdictions imposées par le Teigne Tanor du Baol, qui cherchait à empêcher les disciples de se rendre à Touba, il défia ouvertement ces mesures restrictives afin de préserver la liberté des mourides de rejoindre leur guide spirituel.
Cet épisode est resté dans la mémoire collective comme l’une des manifestations les plus éloquentes de son courage, de sa loyauté et de son attachement indéfectible à Serigne Touba.
Il s’est éteint en 1951, à l’âge de 101 ans, et a été inhumé au cimetière de Touba, laissant l’image d’un soufi et d’un grand combattant du mouridisme.
Serigne Ciré Lô Sanoussi : le promoteur de l’indépendance économique
Né en 1854 à Sanoussi, près de Kébémer, dans l’ancienne province du Cayor, Serigne Ciré Lô grandit dans une famille pieuse, puisqu’il est le fils de Mayib Siré Lô, érudit coranique respecté, selon Moustapha Bassirou Lo, membre de la famille.
Des liens anciens d’amitié et d’alliances matrimoniales unissaient déjà sa famille à celle de Cheikh Ahmadou Bamba, terrain propice à son intégration future parmi les premiers compagnons de Khadimou Rassoul.
Son élévation au rang de cheikh mouride trouve son origine dans un épisode fondateur : en 1902, au retour de son exil du Gabon, Cheikh Ahmadou Bamba séjourna – à partir du cinquième jour après le début du mois de Ramadan – au sein du foyer de Serigne Siré Lo à Sanoussi, où il resta vingt-huit jours, d’après Ibrahima Saer Ndiaye.
L’accueil qui lui a été offert, décrit par Serigne Moussa Kâ dans “Jaza’u Sakoor” comme d’une générosité quasi prodigieuse, marqua profondément le fondateur du mouridisme, qui lui fit remarquer ses qualités humaines incomparables à nulle autre disciple.
Proche collaborateur du Cheikh, il fut chargé de transmettre sa parole en public et multiplia les pèlerinages à Thiéyène et Diourbel.
Le message central légué par Serigne Ciré Lô Sanoussi repose sur l’importance cruciale de la discipline intérieure et de l’indépendance économique par le travail de la terre.
Son héritage est celui d’un homme de simplicité, de générosité et de recueillement, célébré par des figures comme Serigne Mbacké Bousso. Il est resté dans la mémoire mouride comme le disciple dont l’hospitalité fit de Sanoussi un lieu de mémoire spirituelle. Il fut rappelé à Dieu en 1920 et inhumé à Diourbel où des centaines de fidèles viennent aujourd’hui se recueillir devant son mausolée.
Serigne Mbacké Bousso: le savant discret
Serigne Mbacké Bousso incarne l’alliance parfaite entre la rigueur scientifique et l’élévation spirituelle au sein du Mouridisme.
Né en 1864 à Mboussobé, dans l’ancienne province du Djolof, Serigne Tafsir Ndoumbé Mbacké, dit Mbacké Bousso, est le fils de Serigne Mouhamadou Bousso et de Sokhna Faty Mbacké, écrit Khadim Mbacké, chercheur à l’IFAN, dans “Les figures du mouridisme”.
C’est alors établi à Darou Marnane après avoir fondé le village de Guédé, qu’il affirme pleinement son autorité de guide religieux, consacrant le reste de sa vie à l’enseignement coranique et à l’encadrement spirituel des disciples.

Son message, empreint de rigueur intellectuelle et de fidélité doctrinale, en fait l’un des témoins les plus fiables de la vie de Khadimou Rassoul, rôle confirmé par sa participation à la délégation du pèlerinage de 1928.
Il laisse en héritage le village de Guédé, toujours lieu de mémoire, où il fut inhumé après son rappel à Dieu en 1946.
Serigne Mouhamadou Lamine Bara Gaye Faty Mbodji : l’incarnation de l’obéissance
Né en 1876 dans l’ancienne province du Ndiambour, terre de forte tradition islamique, Serigne Mouhamadou Lamine Bara, dit Bara Gaye Faty Mbodji, est le fils de Serigne Mor Sina Gaye, érudit et maître coranique, et de Sokhna Faty Mbodji, rapporte Serigne Khadim Gaye, membre de la famille.
Formé dès l’enfance au sein du cercle coranique paternel, puis auprès de Serigne Youssoupha Gaye et de Serigne Mayoro Fall, il s’affilie au mouridisme dès 1883 à Mbacké Cadior, devenant l’un des tout premiers disciples de Cheikh Ahmadou Bamba, d’après Ibrahima Saer Ndiaye.
Copiste dévoué, il aurait calligraphié trente-trois exemplaires du Coran offerts au Cheikh, illustration de son ascèse et de son endurance spirituelle.
C’est au terme d’un long compagnonnage marqué par une obéissance exemplaire, que Serigne Touba le consacra cheikh mouride, l’instruisant de fonder son propre établissement religieux : ainsi naquit Darou Salam Gaye.
Le message spirituel de Cheikh Bara Gaye Faty Mbodj, fondé sur la rigueur du savoir, le service silencieux et la fidélité absolue au maître, incarne l’idéal du disciple bâtisseur, celui qui transforme l’obéissance en œuvre durable, selon M. Ndiaye.
Il laisse en héritage le village de Darou Salam Gaye, érigé en centre d’enseignement coranique et de rayonnement spirituel, ainsi qu’une lignée de service perpétuée par son fils Serigne Moustapha Gaye.
Rappelé à Dieu en 1951 et inhumé à Touba, il demeure une figure vénérée parmi les premiers bâtisseurs spirituels du mouridisme naissant.
Cheikh Bara Gaye Khary Fall : le conservateur du patrimoine doctrinal mouride
Serigne Mouhamadou Lamine Bara Gaye, dit “Bara Khary Fall”, appartient au cercle restreint des tout premiers compagnons de Cheikh Ahmadou Bamba.
Il serait de la génération de Mame Thierno Birahim, a appris l’APS de Serigne Khadim Gaye, membre de la famille de Cheikh Bara Khary Fall.
Fils de Serigne Mor Gallo Gaye et de Sokhna Khary Fall, il fut d’abord initié au Coran par son père avant de rejoindre Mbacké Cadior, auprès de Serigne Momar Anta Sally. C’est là qu’il rencontra Cheikh Ahmadou Bamba, une rencontre décisive qui l’inscrivit dans le cercle des tout premiers compagnons.
Il fut soumis par le fondateur lui-même, lors de son arrivée en Mauritanie, à une évaluation de son niveau scientifique et spirituel avant d’être confié à Serigne Mor Mbacké Touré pour parfaire sa formation initiatique, signe de la confiance que lui accordait Khadimou Rassoul.
Serigne Mayacine Oumy Dieng : le gardien de la mémoire de Khadim Rassoul
Cheikh Mayacine Oumy Dieng incarne la loyauté spirituelle et la constance.
Né en 1865 à Maka Keur Madieng, dans le Ndiambour, Serigne Mayacine Oumy Dieng, de son nom Malick Dieng, est le fils de Serigne Mor Madieng Fa Lô Dieng, que Cheikh Ahmadou Bamba qualifiera de “pôle des savants” — et de Sokhna Oumy Sèye, d’après un membre de sa famille, Moustapha Dieng, interrogé par l’APS.

Formé au Coran sous la direction de son père, il devient principal chargé d’enseignement du “daara” familial. À la mort de celui-ci, il déclare publiquement au Cheikh venu aux funérailles vouloir désormais le considérer comme son père, décision qui, malgré l’hostilité de certains cercles, le conduit à rejoindre Mbacké Cadior avec son frère Modou Ngoné Dieng et son disciple Balla Sène, écrit également Ibrahima Saer Ndiaye.
Exégète, calligraphe et secrétaire du Cheikh, il fut élevé au rang de cheikh mouride après de longues années de service, avant de regagner Darou Gouyar pour y enseigner.
Son message spirituel rayonne surtout à travers une œuvre poétique, dont Yallahou Yassoul Arsouyallahou, célébrant la grandeur du Cheikh et défendant, durant l’exil au Gabon, son autorité contre les rumeurs.
Décédé en 1937 un jour de Magal, il laissa l’image d’un lettré fidèle, gardien de la mémoire et de la légitimité spirituelle de Khadimou Rassoul.
Cheikh Issa Diène : le loyal désintéressé
Né en 1865 à Thiély Diène, un village de Taggar situé dans l’actuelle région de Thiès, Cheikh Issa Diène a commencé l’apprentissage du Noble Coran auprès de son père, qui était un grand enseignant et un savant renommé. L’apprenant s’oriente ensuite vers la quête du savoir et la mémorisation des principes et des textes fondamentaux, traitant de la foi (aqîda), de la jurisprudence (Fiqh) et du soufisme (Tassawouf), lit-on dans l’ouvrage de Ibrahima Saer Ndiaye.
Acteur clé de la consolidation du Mouridisme à Diourbel puis à Touba, il s’est distingué par sa capacité à mobiliser les énergies pour les grands chantiers du fondateur, gagnant ainsi la confiance absolue du Maître.

Son message, qu’il a incarné tout au long de sa vie, est celui du Khidma (le service désintéressé) et de la loyauté indéfectible envers le guide spirituel.
Cheikh Issa Diène enseignait que le don de soi, la discipline collective et l’abnégation face aux épreuves terrestres constituent les véritables clés de la rédemption et de l’agrément divin. Son discours mettait en avant la solidarité communautaire et le refus de l’orgueil.
L’héritage de Cheikh Issa Diène se matérialise d’abord par les importants “daaras” (écoles coraniques) et concessions agricoles qu’il a fondés, ancrant le modèle socio-économique mouride.
Sur le plan architectural et spirituel, sa contribution à la pose des jalons de la Grande Mosquée de Touba demeure mémorable.
Rappelé à Dieu en 1948, sa famille et ses disciples perpétuent aujourd’hui son œuvre à travers un engagement social dynamique et une fidélité stricte au khalifat général.

























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