Le deuxième cimetière de Touba fait partie des endroits les plus visités pendant la célébration du Grand Magal. Les fidèles s’y rendent pour prier en faveur de leurs disparus. L’équipe dirigeante a mis en place une nouvelle organisation permettant aux visiteurs de retrouver plus facilement les tombes de leurs proches.
TOUBA – Le cimetière de Bakhiya ne désemplit pas durant la matinée la commémoration du départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba. En franchissant la porte d’entrée, on observe un va-et-vient incessant des pèlerins. Certains se faufilent entre les rangées de tombes ; d’autres restent accroupis ou debout après une recherche infructueuse du lieu d’inhumation de leurs parents ou amis. Un troisième groupe est constitué de ceux qui ont retrouvé la tombe de leurs proches et y formulent des prières de pardon et de miséricorde.
La situation demeure compliquée pour certains fidèles. Les plus déterminés poursuivent leurs recherches malgré la forte chaleur. Abdoulaye Sène, venu de Mbour, en a fait l’expérience. Le jeune homme a finalement retrouvé la tombe de son oncle après 25 minutes de recherche, grâce aux indications du conservateur du mausolée de Cheikh Béthio Thioune, Cheikh Ndiaye. Après l’avoir aidé, ce dernier lui a recommandé de noter les références de la tombe – la date du décès et son numéro – afin d’éviter toute difficulté lors de prochaines visites.
Cette précaution est devenue indispensable pour retrouver rapidement la tombe d’un défunt au cimetière de Bakhiya. La présentation de ces informations permet au visiteur d’obtenir l’assistance du personnel de l’état civil. Les membres du dahira Moukhadimatoul Khidma sont chargés de l’enregistrement des références des défunts : nom, prénom, date et lieu de naissance, âge, ainsi que la date du décès. Après cette formalité, ils remettent au déclarant une fiche comportant le numéro de la tombe. Cette organisation est en vigueur depuis 2014 afin de faciliter les inhumations, l’organisation des ziarras et d’éviter le désordre autrefois constaté dans le premier cimetière, situé à l’est de la Grande Mosquée de Touba.
Plusieurs fidèles apprécient cette méthode qui consiste à procéder aux inhumations par ordre d’arrivée, tout en tenant compte de l’appartenance des défunts aux différentes familles religieuses mourides.
Le conservateur du cimetière, Abdou Bakhoum, explique que Bakhiya est subdivisé en plusieurs espaces : Darou Minam (famille de Serigne Bassirou), Darou Khoudoss (familles de Serigne Mouhamadou Moustapha et de Serigne Bara), ainsi que des espaces réservés aux familles de Serigne Saliou, Serigne Fallou et Serigne Abdou Lahad Mbacké. Il en est de même pour les cheikhs de Cheikh Ahmadou Bamba, notamment Serigne Mandoumbé Khabane et Serigne Massamba Mbacké. Une partie dénommée « Mouride Ga » est réservée aux personnes qui ne sont affiliées à aucune famille religieuse de la confrérie mouride.
Bakhiya a été ouvert en 1986, mais les fidèles continuaient de privilégier le premier cimetière. Le déclic est intervenu en 2014, lorsque Serigne Sidy Moctar Mbacké a ordonné sa relance. Abdou Bakhoum précise que ce ndigël a été exécuté sous la houlette de l’actuel khalife général des mourides, Serigne Mountakha Mbacké.
Il indique que ce dernier a présidé la prière mortuaire de trois défunts – Massaer Niang, Mame Anta Leye et Mame Amy Ba – avant de déléguer leur inhumation. Selon M. Bakhoum, cette relance a permis de formaliser la gestion du cimetière grâce à un système d’enregistrement des statistiques.
Le bureau de l’état civil enregistre en moyenne 35 inhumations par jour, avec des pics pouvant atteindre 40. « Nous avons enregistré un record de 60 décès. Ce jour-là, j’ai pleuré parce que je ne pouvais plus continuer à écrire. J’ai dû observer une pause, refaire mes ablutions et reprendre mes esprits. Je me suis même dit que ce serait la fin du monde si un tel nombre se répétait le lendemain », confie-t-il.
Un imposant mausolée dédié au guide des Thiantacounes
Il précise que son équipe avait enregistré 9 658 inhumations à la fin de l’année 2014. Avant cette relance, seules quelque 800 personnes avaient été enterrées à Bakhiya entre 1986 et 2014.
Le conservateur rappelle également plusieurs faits marquants, notamment l’inhumation de musulmans de différentes nationalités et celle d’une femme âgée de 140 ans. « C’est la personne la plus âgée que nous ayons enterrée ici. Elle s’appelait Sokhna Fatou Diop, avait 140 ans et habitait à Ndiaby Fall », explique-t-il. Le dahira Moukhadimatoul Khidma fait néanmoins face à plusieurs difficultés dans la gestion du cimetière. Abdou Bakhoum cite notamment l’insuffisance de l’éclairage public, l’absence d’une toiture protégeant l’esplanade de la prière mortuaire, le déficit de personnel et les difficultés liées à la restauration des bénévoles. Il sollicite le soutien de la mairie de Touba et de Touba Ca Kanam afin de relever ces défis.
À l’occasion de leur ziarra à Bakhiya, de nombreux pèlerins se rendent également au nouveau mausolée de Cheikh Béthio Thioune. Situé à l’extrême gauche de l’entrée du cimetière, il s’étend sur une superficie d’environ 50 mètres carrés. Cet ouvrage a été réalisé sept ans après le rappel à Dieu de Cheikh Béthio Thioune. Avant d’y accéder, les visiteurs passent obligatoirement par une vaste esplanade. Le conservateur des lieux, Cheikh Ndiaye, veille au respect des règles de discipline : les hommes doivent se déchausser et retirer leur casquette ou leur bonnet, tandis que les femmes sont tenues de couvrir leur tête. Deux accès distincts permettent de séparer les hommes et les femmes. Une fois à l’intérieur, les fidèles s’accroupissent pour accomplir leur ziarra et prier pour le repos de l’âme du guide religieux. Certains sont des disciples de Cheikh Béthio Thioune, d’autres de simples sympathisants.
Selon Cheikh Ndiaye, ce mausolée a été financé par les disciples de Cheikh Béthio Thioune, sur instruction de son khalife, Serigne Saliou Thioune. Les travaux ont duré six mois avant son inauguration, le samedi 25 juillet dernier, par le porte-parole du khalife général des mourides, Serigne Bassirou Abdou Khadir Mbacké. S’il ignore le coût global de l’ouvrage, il souligne la qualité des réalisations.
La présence de ce septuagénaire sur les lieux n’est pas fortuite. Il explique que son guide, Serigne Saliou Thioune, lui a confié la garde du mausolée. Il estime avoir bénéficié de cette confiance en raison de son ancienneté et de son long compagnonnage avec le guide des Thiantacounes. « Je fais partie des dix premiers talibés de Cheikh Béthio. Après notre allégeance aux HLM 1 de Dakar, il nous a conduits directement chez Serigne Saliou Mbacké. Je suis chargé de la surveillance des lieux. Je travaille avec quatre hommes et une femme de ménage », conclut-il.



























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